Premier coup en plein bide : le dernier Ken Loach. Y aller est une prescription de la Sécurité Sociale. Au sortir du film, groggy et encore assis par le récit, une promesse s’impose. De ne plus contribuer au développement du néo-esclavagisme. Se promettre, ici et ailleurs, entre amis ou face au miroir, de ne plus commander jamais sur à-ma-zone ou ailleurs. Ne plus faire rouler les fourgonnettes blanches jusqu’à votre porte, ni les triporteurs ou les Fixie à sac à dos. Ne plus pourrir les vies des sous-prolétaires du monde entier dont l’espace est une plateforme et le temps un Black-Friday.
Les livreurs qui pissent dans leurs bouteilles et courent jusqu’à nos portes sont les esclaves du monde industriel, nos esclaves. Sorry We Missed You nous le démontre bien que les deux héros de l’héroïque famille restent jusqu’au bout humains, aux limites de leurs forces, et sauvables par leurs enfants, peut-être !
Deuxième coup en pleine figure, Les Misérables de Ladj Ly.

Ils le sont tous à Montfermeil, misérables. Montfermeil où Victor a écrit son Grand-Œuvre. Où Ladj Ly filme. Misérables, les baqueux dans la 306 comme les mômes, les blacks et les pas-blacks, les barbus et les gitans, tous se terrorisent, tiennent par la barbe leur petit commerce, leur loi du plus fort. C’est moi la Loi crie le flic dont la tronche finit fracassée. Le film est un indispensable médicament pour ne pas se soigner la Sociale. Les ronds-poings ont tonné, pas les quartiers.
Le jour où tous les forçats vont nous foutre leurs chaînes et leurs boulets sur la gueule, gare à nous, les classes-moyennes hors-sol. Gare à nous les bien-pensants de gauche, de droite et du centre, féministes, tolérants et universalistes. Notre sens commun se perd. Les Misérables nous regardent peu, ou en coin. Quand les cités vont se réveiller, les nouveaux Gavroche vont fondre sur les villes. Nantes a été cassée, ou Rennes certains samedis. Rien que du verre à vitrines ! Rien à l’aune de ce à quoi on ne s’attend pas.
Nos esclaves nous toisent pour l’instant et sans bouger.
Ken Loach ou Ladj Ly nous annoncent des lendemains qui déchantent. Les guérillas d’aujourd’hui font un avant-goût ! Feux de palettes avant incendie de palais.
Les deux réalisateurs préviennent.
Attention polémique ! Chez les Misérables mis en scène, peu de femmes, sauf en cuisine ou dans le salon de tontine. Aucun cheminot n’habite, peu de traminots RATP, d’infirmières ni de médecins. Les quartiers des Misérables sont misérables et ont été désertés. Aucun régisseur d’un Radio d’Etat n’y vit, peu d’étudiants, pas de CROUS. Montfermeil est un ring à ciel ouvert. Les Misérables sont entre eux, ils s’entraînent à la bagarre. À poings nus, avec des cocktails de feu, colère brute et sans concession.
Sauf que, accrochons-nous, la dernière image de Ladj Ly illumine.
Gilles CERVERA












