On se souviendra du surprenant Sixième Sens qu’avait réalisé M. Night Shyamalan en 1998. Il était question d’un enfant qui voyait les morts alors que lui-même l’était sans le savoir. Glass est dans cette lignée de personnages qui imaginent en être d’autres alors qu’ils relèvent d’une troisième évidence.

Comme dans tous ses films, M. Night Shyamalan resserre l’intrigue autour de l’angoisse. Elle est cette fois suggérée par le huis clos d’un hôpital psychiatrique. L’influence de Miloš Forman et de son Vol au-dessus d’un nid de coucou n’est pas loin. Manière de rendre crédible le fantastique pour des super-héros sans ailes ni lasers pupillaires. Une psychiatre ajoute aux troubles du vrai et du faux, confrontant les personnages à leurs supposés pouvoirs qui, selon elle, n’en sont pas vraiment. Tout au contraire peuvent-ils s’expliquer par un choc émotionnel et provoquer une fausse identification.
Dans sa torpeur anxiogène, Glass insinue avant tout la valeur de l’imaginaire, et le prix, souvent douloureux, que l’on est prêt à payer pour y croire. L’un des artifices du réalisateur s’exprime par les couleurs. Elles servent de repère visuel afin de savoir où se situer par rapport aux trois héros. Le vert illustre le bien en opposition au violet qui figure du mal. Quant au jaune, il fait directement référence au combat intérieur d’un des personnages tiraillé entre les deux options.
Considéré comme un maître es thriller, M. Night Shyamalan conclu avec Glass sa trilogie entamée avec Incassable (2000) et Split (2017). Son film oblige à penser très vite, plus vite que les (supposés) super-héros, si l’on veut suivre une histoire troublante dont l’aliénation n’est somme toute pas si loin du monde qui nous entoure. À voir pour l’extraordinaire performance de James McAvoy qui interprète trente-quatre personnages (oui, 34 !) enfermés dans la peau d’un seul malade mental.
Jérôme ENEZ-VRIAD
Glass, un film de M. Night Shyamalan, avec dans les principaux rôles : Samuel L. Jackson, James McAvoy, Bruce Willis et Anya Taylor-Joy – 132 minutes
En salles le 16 janvier 2019












