Michel Damblant vit à Belle-Île-en-mer. Botaniste de formation, il est l’auteur de nombreux ouvrages plus passionnants les uns que les autres. Dans son nouveau livre, l’auteur-jardinier s’est plongé dans La Recherche du Temps Perdu afin d’y cueillir les plantes épanouies au fil des chapitres. Autant de portes ouvertes sur un merveilleux univers champêtre et bucolique.
Lorsqu’un texte est bon, l’envie d’en reprendre certains passages motive à son partage. Ainsi, « Marcel Proust rêvait que les lecteurs trouvent sa « Recherche » dans les kiosques des gares, qu’elle soit à portée de main, liée au temps du voyage. » Comme le soulignent Bénédicte & Catherine Liber dans leur préface, Michel Damblant explore les secrets du jardin proustien. Depuis années, il arpente les côtes et vallons de Belle-Île, où Marcel Proust lui-même passa quelques jours à la fin d’un été. Aujourd’hui leurs chemins se croisent dans un livre qui est bien davantage qu’une simple compilation de plantes et de fleurs, mais plutôt un véritable recueil botanique qui réinvente le « Temps retrouvé » de la lecture.
Le travail de Michel Damblant laisse découvrir l’inattendu à travers ce qui pourrait sembler un banal hasard alors qu’il n’en est rien. Les rapprochements de Proust entre la construction de ses personnages et certaines plantes sont particulièrement réfléchis. Prenons l’exemple du duc de Guermantes (page 174) dont les nénuphars (nymphéas, écrit Proust) s’étalent au fil de beaux après-midi ensoleillés, avec le même opportunisme que le duc s’offre le luxe de s’épanouir en se faisant élire député de la République. Il est aussi question des fleurs du mal (pages 83-85) : chanvre indien, opium, valériane… « dont les pouvoirs quasi magiques » intéressent Proust comme autant de remèdes à ses multiples affections souffreteuses. Ou encore (page 167), le lien olfactif du mimosa rattaché au souvenir des amies de sa mère, avec un clin d’œil à Parsifal – Wagner ou Wolfram von Eschenbach ? Comment savoir puisqu’en une phrase Proust unit la botanique, la parfumerie, la littérature médiévale et l’opéra contemporain ; véritable explosion pluriculturelle qui s’entremêlent les unes les autres tout au long du livre.
Le livre de Michel Damblant n’est pas uniquement un ouvrage écrit par un Breton insulaire passionné de sciences végétales. Son Voyage botanique & sentimental du côté de chez Proust est avant tout un dictionnaire amoureux des plantes aux pays de Proust. Ou l’inverse. « Un impérial parfum » dont l’odeur nous rappelle que, chaque année, les mois reviennent chargés des mêmes beautés naturelles, mais hélas ! sans ramener avec eux les êtres disparus qui nous restent chers. On félicitera en outre les éditions GéOrama (fondées à Brest en 1999) d’avoir pris le risque d’éditer un si bel ouvrage à contresens de l’époque, tellement plus difficile à vendre que l’histoire d’un scandale sexuel racoleur. Bravo. Magnifique. A lire et à offrir. Impérativement.
Jérôme ENEZ-VRIAD
Voyages botanique & sentimental du côté de chez Proust. Un livre de Michel Damblant aux Éditions GéOrama – 241 pages couleurs avec illustrations – 21 x 30 – 35 € (le tarif est amplement justifié)












