Il y a 100 ans, le 21 mai 1919, Victor Ségalen trouvait la mort dans la forêt du Huelgoat. L’académicien François Cheng, poète français d’origine chinoise, a consacré un livre au grand voyageur breton dans lequel il dit l’intime proximité spirituelle qui le relie à lui. Un livre à lire ou à relire à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de Ségalen

Ils étaient faits pour se rencontrer à un siècle de distance. Lui, Victor Ségalen (1878-1919), explorateur breton de la Chine, l’autre François Cheng, le Chinois « naturalisé français » et aujourd’hui académicien. L’un comme l’autre ont refusé l’exotisme et le voyage de pacotille pour privilégier l’immersion dans les cultures qu’ils approchaient : chinoise pour l’un, française pour l’autre. A la seule différence près que Ségalen a terminé sa vie dans son pays natal (une mort mystérieuse dans la forêt du Huelgoat) et que François Cheng a totalement adopté son pays d’accueil et épousé sa langue.
A l’heure du dialogue des cultures, on ne manquera pas de souligner l’étonnante parenté intellectuelle et spirituelle entre deux auteurs nés aux antipodes : l’un en extrême-occident, l’autre en extrême-orient.

Il y a, en effet, entre Ségalen et Cheng, une « fraternité poétique et existentielle ». Elle est patente dans ce que dit Cheng de l’écrivain breton à l’occasion de trois conférences (qui font la trame du livre) dont la plus récente prononcée à l’occasion des 100 ans de la naissance de Ségalen.
« Au travers de ses visions, écrit Cheng à propos de Ségalen, il a sondé des mystères dont les échos ont réveillé ceux de son être propre. Pour le poète, réaliser ses randonnées sur cette terre lointaine, c’était se réaliser ». Plus loin, Cheng souligne ce qui – à ses yeux – est le plus haut message de Ségalen : « Sachons accueillir le mystère de l’être ; l’inconnu est ce qui advient, qui est toujours déjà là mais toujours en avant de nous, et cet inconnu qui advient n’est autre que notre propre mystère ».
Aller voir ailleurs pour mieux voir au-dedans. Telle fut la trajectoire de Victor Ségalen, poète « exote », selon l’expression qu’il utilisait lui-même. François Cheng a su dire dans son livre comment la parole de Ségalen s’ouvrait avant tout à l’universel.
Pierre TANGUY

L’un vers l’autre, en voyage avec Victor Ségalen, François Cheng, Albin Michel, 183 pages, 14,50 euros.











