• Jean-Louis Coatrieux - L' Intérieur des terres
• Jean-Luc le Cléach - Petite philosophie des ports maritimes


Deux courts livres impeccables dans ma besace. Le premier de Jean-Louis Coatrieux,  L’ Intérieur des terres,  augmenté d’aquarelles de Mariano Otero, est tout entier consacré à la Bretagne intérieure, celle qui court ses chemins secrets de Locuon à Canihuel, de Langoëlan à Saint-Nicolas du Pélem. En bref, cet Argoat dont le centre de gravité, s’il existe, doit danser quelque part entre Rostrenen et Loudéac.  Jean-Louis Coatrieux est tout hanté de ces paysages qui l’ont constitué. Il saisit admirablement dans sa paume de rêveur attentif les plus légères ondulations du terrain, sa vie secrète et agitée – en somme les moindres anecdotes de cet endroit du monde. Défilent sous sa plume délicate ces hommes et ces femmes que l’on ne rencontrera pas, ces Gall, Perennes, Méhauté qui vivent ou ont vécu eux aussi au sein de « hameaux pauvres et vergogneux », et la théorie des lieux-dits, Penhoët bian, Manngouarc’h, Revelen, Kerguedalen -autant d’étapes obligées et cependant inconnues sur les chemins de traverse où nous sommes menés. Sa prose poétique touche au cœur, dessine dans notre gorge une boule de chagrin toute mêlée de jubilation agitée : « Et quand la pluie encore s’abat d’un coup […] dans la prairie où sonder l’herbe des cailloux jusqu’à ce que trousse l’eau jusqu’à la taille après novembre premier au gel personne ne l’interroge la nuit compte ses morts. » Le second ouvrage, Petite philosophie des ports maritimes est de Jean-Luc le Cléach. Changement radical de décor puisque nous sommes conviés à une déambulation légère et cependant savante sur les quais, sous le bras articulés des grues et des portiques, au sein d’un univers qui, au gré de l’accostage des navires, passe brutalement du plus épais silence à la clameur bruyante. Domicilié en Pays bigouden, l’écrivain Le Cléac’h, connait tout des havres maritimes, leur vocabulaire précis et leur vie secrète, les auteurs qui les ont célébrés, la psychologie des marins qui les peuplent. Il sait aussi et surtout la beauté insaisissable, proprement inouïe, de ces lieux où se mêlent espérances et hantises des départs. Comme nous traversons la vie, allant d’un abri précaire l’autre, les bateaux et les hommes qui  travaillent sur les flots vont de refuge en refuge. Au port, on ne demeure cependant jamais très longtemps. On aspire à venir s’y poser, reposer, mais très vite l’attraction de la mer impose sa tyrannie. On repart, comme on se fuirait, toujours au péril des vagues et incapable d’échapper à ce destin mouvant que la mer verte et courbe dessine sous nos pieds lourds et plats. On aura compris que parler de ports, tenter d’en dresser la mouvante typographie au sein d’un ouvrage qui est en fait une petite encyclopédie portative et poétique est pour Jean-Luc Le Cléac’h manière de dessiner d’abord les lignes de fuite de notre fragilité fondamentale. Et l’on devine que cette fragilité est aussi – jusqu’à la brûlure – la sienne.


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