Sherlock Holmes… Nous voici face au plus célèbre des détectives. Notre « so british » Sherlock va nous prouver toute sa classe dans cet album - second de la séquence dédiée à sa jeunesse fondatrice.
Forcément anglais (damned ! Et notre belge d’Hercule Poirot, et nos français Rouletabille, Nestor Burma et autres Maigret ou San Antonio… tous fabuleux, eux aussi, mais…), forcément génial, forcément courageux et chanceux … forcément hors normes, en somme.
C’est probablement ce qui nous fascine depuis si longtemps chez lui : ce sacré bonhomme a toujours un coup d’avance, est doué d’un sens de l’observation diabolique et réussit à créer des rapprochements entre des éléments qui nous apparaissent à la fois insignifiants et absolument sans rapports entre eux. C’est agaçant. Et pour couronner le tout, il a beaucoup de chance.
Notre « so british » Sherlock Holmes va nous le prouver dans cet album – second de la séquence dédiée à la jeunesse du futur détective. L’angle est intéressant : quels sont les évènements qui ont poussés le jeune Sherlock vers ce métier de détective – et corrélativement, comment était ce garçon avant qu’il ne devienne cet homme sûr de lui et de son intelligence plus tard – et avant qu’il ne s’acoquine avec le fameux Dr Watson ?
Dès la couverture, nous plongeons dans ce Londres du 19ème siècle, avec sa noirceur, ses brumes et sa pollution aux particules fines, déjà ! Bref, c’est glauque, çà fait peur, on sent bien que la sécurité n’est pas garantie à tous les coins de rue et qu’il ne s’agit pas de tomber sur un gars de la bande des Moriarty Père & Fils, sinon çà va finir façon jambon à la découpe – et en tranches fines.
Ben, çà ne loupe pas : notre héros devait quand même avoir quelques prédispositions car il se retrouve mêlé à l’enlèvement et à la mort d’un de ses amis, Ron Jantscher, ainsi qu’à un étrange trafic de cerveaux (voir tome précédent). Heureusement, la providence veille sur lui et il est sauvé de justesse par Tyron, un des hommes de main de James Moriarty, qui a eu le bon goût de se rebeller contre son employeur après que celui-ci ait assassiné son frère… On est décidément susceptible chez les voyous londoniens ! Sherlock réussit à le convaincre de témoigner contre son ex-patron et lui garantit qu’il sera à l’abri dans les locaux de la police de sa Gracieuse Majesté : ni l’une ni l’autre de ces promesses ne se réaliseront finalement….
Un double final parallèle d’une grande violence
Le scénario, découpé de façon chirurgical par Sylvain Cordurié, fait émerger petit à petit différents plans : Holmes, le Yard (Scotland), les Moriarty, le gouvernement britannique, des trafics beaucoup plus vastes et l’ombre d’un mystérieux « High Lord » qui a décidément les ongles beaucoup trop longs pour être honnête ! L’album, parti lentement, après avoir mis en place tous ses univers juxtaposés, accélère progressivement pour éclater dans un double final parallèle d’une grande violence, qui renvoie l’ensemble, tel un train lancé à grande vitesse, dans une direction totalement différente de ce que nous attendions et nous laisse, nous lecteurs, un peu abasourdis et contents finalement de pouvoir respirer avant le prochain album : à ce stade, on aurait eu du mal à se relancer. Tea time, please !
Le trait altier du dessinateur, Alessandro Nespolino, et la mise en scène aérée, servie parfaitement par des décors intérieurs ou extérieurs exécutés avec une grande justesse et une certaine beauté (dommage en fait qu’il n’y en ait pas plus, en remplacement des plans serrés, bizarrement plus pauvres graphiquement) donnent une impression de justesse et presque de solennité aux personnages. A l’issue de cet opus, Sherlock Holmes a en effet définitivement basculé dans le monde adulte, il sait quelle va être sa vocation et on perçoit l’impact que cette violence a eu sur lui, l’obligeant à se créer une carapace pour résister à ce qu’il affrontera ensuite.
On espère bientôt ses futures aventures et la confirmation – même si, bien sûr, on le sait déjà – de l’engagement du jeune détective contre le Crime. Surtout, après nous avoir alléché de telle manière, on attend des 2 auteurs de cet album qu’ils continuent à monter en puissance, tant dans la complexité scénaristique que dans la qualité et la sophistication graphique. Oh, my Lord !
Sherlock Holmes Crime Alleys – T2 : Vocations forcées. Scénario : Sylvain Cordurié – Dessins : Alessandro Nespolino – Sortie aux éditions du Soleil en Mars 2014 – Prix : 13,92 €












