Dans les recoins les plus sombres d’internet, la mode est aux meurtres sanglants perpétrés dans des Red Room. Goblin en a fait son business et ce, pour la plus grande joie de ses nombreux abonnés qui le payent à coup de Bitcoin…
Les excellentes bandes dessinées horrifiques se font plutôt rares. Raison de plus pour les amateurs de ce type d’ouvrages de se précipiter, aujourd’hui, sur Red Room, la nouvelle création du talentueux Ed Piskor. Auteur à l’univers singulier dont le travail évoque celui de Charles Burns ou encore de Daniel Clowes, Piskor a déjà signé quelques monuments du 9e art comme X-Men : Grand Design mais aussi et surtout Hip Hop Family Tree, une série de comics qui retrace l’histoire du rap et qui a été récompensée par un Eisner Award. Avec Red Room, l’artiste change de registre et renoue avec l’esprit des pulps gore qui ont enchanté plusieurs générations de lecteurs américains. Piskor nous entraîne ainsi dans le Dark Web où des psychopathes dégénérés font fortune en filmant des meurtres et des tortures pour le plus grand bonheur de désaxés, ravis de payer pour assister à ces macabres spectacles. Pour mettre en image ce recueil de cinq histoires interconnectées, Piskor n’y va pas avec le dos de la cuillère et nous offre une succession de scènes sanglantes et ultra-violentes qui réjouiront à coup sûr les amoureux du genre. S’appuyant sur traitement graphique en noir et blanc et volontiers organique, l’auteur nous interroge en parallèle sur le voyeurisme de notre société et les dérives d’un capitalisme meurtrier. En résulte un sommet de la BD horrifique qui évoque les œuvres de Clive Barker ou encore celles du regretté Jack Ketchum.
Erwan BARGAIN
Red Room : le réseau antisocial – Dessins et scénario : Ed Piskor. Éditions Delcourt, 208 pages. 23,95€.












