Quand Lorand Gaspar correspondait avec Georges Perros HermineHermineHermineHermine

Le poète Lorand Gaspar est décédé le 9 octobre dernier. Il avait 94 ans. Cet immense auteur avait correspondu pendant une douzaine d’années avec Georges Perros. Leur correspondance, publiée à Rennes par les éditions la part Commune,  avait pris fin en 1978, année du décès de Georges Perros à l’hôpital Laënnec de Paris.

Dans les années où se déroulent leurs échanges épistolaires, Lorand Gaspar réside à Jérusalem puis à Tunis. Georges Perros à Douarnenez. Le premier est médecin-chirurgien. Le deuxième est lecteur de manuscrits à la NRF (Nouvelle revue Française). Une même ferveur les réunit autour de la littérature. Tous deux sont écrivains et poètes.

Enflammé par les écrits de Perros (La vie ordinaire, Papiers collés…) c’est Gaspar qui lance cette correspondance. « Une solitude fermement occupée, reliée à l’extérieur et jalouse d’elle-même, aux confins d’une communion souhaitable… ». Voilà leur point commun. C’est Perros qui le note lui-même dans un courrier du 5 janvier 1967.

Cet échange de douze années va tourner autour de leurs goûts littéraires respectifs, leurs problèmes de manuscrits, leurs démêlés avec les comités de lecture de certains éditeurs… En toile de fond, pour Lorand Gaspar : la magie du désert et du Maghreb, les voyages, mais aussi la guerre  entre Israël et les pays arabes. « Ce qui se passe ici et dont l‘Occident n’est point informé est souvent assez moche (très même) pour les Arabes » (lettre du 17 juillet 1967). En toile de fond pour Perros : les fins de mois difficiles malgré les cours à la fac de Brest, les soucis familiaux, la maladie qui s’insinue (le cancer de la gorge), l’air du temps à Douarnenez. « Vous me demandez ce que je fabrique en Bretagne. Vous avez quitté Paris pour le Sud-Est lointain. J’ai fait de même pour l’Ouest, ce Finistère m’ayant toujours travaillé la peau » (lettre du 17 février 1966)

Au fil des années, l’amitié s’approfondira. Perros, le faux anachorète, fera même le voyage de Tunis pour rencontrer Gaspar. Leur échange de lettres titillera, de bout en bout, le pessimiste Perros et contribuera, à certains moments, à le tenir debout. C’est là toute la mystérieuse alchimie de cette correspondance, brillamment annotée par Thierry Gillyboeuf,  qui nous révèle deux hommes pas ordinaires emportés dans les turbulences de « la vie ordinaire ». Et comment ne pas être sensible aux propos lucides (et prémonitoires) de Lorand Gaspar dans une lettre du 12 février 1971 où il évoque les Papiers collés de Perros : « Je dis que c’est un chef-d’œuvre qui pourrait être découvert dans cinquante ans si on ne savait pas que les hommes ne sauront plus lire dans cinquante ans, à condition que la vie existe encore sur la planète ». 1971-2021 : nous y sommes presque.

Pierre TANGUY
Correspondance (1966-1978), Georges Perros/Lorand Gaspar. Introduction de Lorand Gaspar, éditions La Part Commune 2001  puis rééditions, 256 pages, 15 euros.

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