La drogue dans la musique n’est pas un phénomène nouveau. Il n’est qu’à lire les mémoires de Keith Richards pour s’en convaincre. Ou carrément celles de Tony Sancher, le dealer officiel des Rolling Stones. Mais la frontière entre les deux mondes était bien marquée : d’un côté les musiciens consommateurs, de l’autre les trafiquants. Ce que démontre la très sérieuse enquête de Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine, c’est que tout cela a volé en éclat. Les trafiquants sont devenus narco trafiquants et surtout managers, producteurs, tourneurs quand ils ne s’occupent pas de la sécurité des artistes. Un bon moyen de les avoir à l’œil. Cat tout ce petit monde se connaît depuis l’enfance, ayant grandi dans les mêmes cités. Et les sommes brassées sont vertigineuses. La musique devient un bon moyen de blanchir l’argent sale… avec souvent la complicité des labels qui signent des avances à plusieurs millions d’euros à des sociétés quelques fois très opaques. Ce principe des avances au moment d’un changement de label n’est pas sans rappeler les transferts de certains footballeurs. Mêmes codes, mêmes banlieues, mêmes usages… Et finalement la même musique dans les casques.
De Paris à Marseille en passant par Barcelone, l’ouvrage suit le parcours de Jul, Gims, Ninho, Werenoi ou encore Booba et de leurs entourages, familles, amis d’enfance… Avec à la clef, un seul objectif : s’en mettre plein les poches ! Rien de plus normal que de les retrouver à Dubaï, à Marrakech et autres pays d’Afrique dont ils sont pour la plupart originaires. Le monde du Rap brasse beaucoup d’argent (la part du rap dans le Top 200 en 2024 s’élève à 53% !), et les trois Majors (Universal, Sony, Warner) un peu dépassées par des artistes devenus businessmen. Rien de plus normal que de découvrir que ce véritable « empire » attire les marques de luxe. Un monde où l’on croise les grands couturiers, les patrons du CAC 40… Et paradoxalement peu de politiques. Les rappeurs ne sont pas fous et ont appris la leçon. La grande escroquerie de la marche des beurs dans les années 80 est encore dans toutes les mémoires. Carte de Séjour s’en souvient.
Hervé DEVALLAN
« L’Empire » de Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine aux éditions Flammarion – 318 pages – 22.50€












