Sacrés Bretons ! Ils plaquent un autocollant BZH sur leur voiture, mais reculent systématiquement devant les urnes au sujet de leur autonomie politique. Est-ce de l’indifférence ? Un manque de confiance ? Une méfiance ? Pourquoi, diable ! les Bretons ne votent-ils pas breton ?
L’identité bretonne ne passe pas dans les urnes. Toujours pas, devrait-on dire, car elle n’a jamais réussi à convaincre les électeurs. Cela pouvait s’entendre il y a un demi-siècle lorsque l’idée d’appartenance régionale était minoritaire, beaucoup moins aujourd’hui alors qu’elle est devenue majoritaire. Comment se fait-il que les partis régionalistes recueillent si peu de suffrages ? Tentons quelques hypothèses.
L’émotionnel en première décapitation
Dès la fin du XIXème siècle, Jules Ferry fit exercer un travail de sape par les instituteurs, demandant d’interdire aux élèves Bretons de parler leur langue maternelle à l’école – nous avons tous en mémoire les confessions de nos arrière-grands-parents ou grands-parents, attestant d’humiliations et coups de règle métallique sur les doigts en cas de réticence – instituteurs et professeurs avaient pour tâche de convaincre leurs ouailles de la prévalence du français sur le breton. En s’attaquant ainsi à la langue, donc à la mère, l’école de la République a réduit tout un peuple au silence. Rien de plus efficace que l’émotionnel pour tuer l’objectivité.
Aux premiers déboires s’ajoutent certaines promesses non tenues
On ne compte plus les dirigeants autonomistes des années 1950-60 ayant soutenu moult attentats qui ont laissé derrière eux un quarteron d’idéalistes inaudibles. Vers la fin de la décennie suivante, les mouvements politiques locaux prennent un nouvel essor qui, une nouvelle fois, leur sera délétère. Chrysalides prévues se transformer en merveilleux papillons, les partis régionalistes muent en phalènes brumeuses sans avenir. La Bretagne se cherche, elle rejoint une gauche annonciatrice de jours heureux, mais l’arrivée des socialistes au pouvoir amorce une décennie d’éparpillements accentués par une loi de décentralisation inique. Aucune promesse ne sera tenue.
Que firent alors les militants Bretons pour répondre au cynisme de l’époque ? Ils se convertirent. Ceux de gauche s’encartèrent au PS, et ceux de droite optèrent pour un libéralisme débridé ; les uns et les autres n’hésitant pas à militer pour des programmes hors-sols, à mille lieux des véritables préoccupations locales, sans jamais tenir compte des profonds bouleversements en cours. Tout ce « beau monde » vendu à Paris a fini par très vite s’éloigner de son électorat. Le pire étant qu’ils ne s’en rendirent même pas compte ! Certains le nient encore aujourd’hui.
Quarante ans plus tard, le résultat afflige autant qu’il attriste
Ainsi, avons-nous laissé les promoteurs nuire au littoral. Des constructions partout et n’importe comment. Certains partis locaux se sont vautrés dans le clientélisme en acceptant d’improbables alliances où la Bretagne n’avait guère sa place. Résultat ? Les électeurs avalèrent et continuent d’avaler leur chapeau. En outre, la perception du mouvement régionaliste est depuis toujours marginale faute de réels moyens financiers et d’un accès aux médias incapables d’introduire un pluralisme local. Difficile dans ces conditions de s’engager pour des partis fantômes. Bref ! Quarante ans plus tard, le résultat afflige autant qu’il attriste
Résumons-nous. Un nationalisme décapité par la mise en place d’une négation linguistique… Quantité de promesses non tenues par des mouvements péninsulaires souvent dévoyés lors d’alliance avec des partis nationaux… La défiance des électeurs face aux politiciens régionaux déconnectées du réel… Et un réel manque de reconnaissance médiatique régionale. Est-ce pour cela que les Bretons ne votent pas Gwen ah Du ? Pas seulement. En fait, aucun parti local n’a réussi à s’affranchir de la justification culturelle au bénéfice des luttes régaliennes aujourd’hui indispensables à gagner la bataille : économie, éducation, justice, sécurité, Europe, immigration. Observons les mouvements nationalistes écossais, catalans, ou même corses, et constatons qu’ils ont le vent en poupe parce qu’ils ont dépassé le stade de la justification pour celui de l’action commune.
Nous réunir afin de mieux nous unir
Là où certains peuples semblent prêts pour une autonomie de plein exercice et de plein droit, les Bretons doivent encore faire face à des partis contaminés par de miteuses « querelles gauloises ». Il est toutefois indispensable de se serrer les coudes afin d’œuvrer ensemble pour, en premier lieu, réunifier la Bretagne, le reste suivra conséquemment. De fait, peut-être devrions-nous pointer du doigt ceux qui refusent cette réunification administrative en les traitant de « Pétainistes ». Ce serait un début. On ne tronçonne pas le pays breton. Commençons déjà par nous réunir afin de mieux nous unir.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Mars 2021 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle











