C'est un carnet de route. Souvent des villes en B majuscule, Brest, Berlin, Belgrade, Budapest, Bilbao. Et puis Madagascar depuis longtemps et New-York cet été. Cet homme ne tient pas en place, trimballe des kilomètres de papier qu'il abandonne une fois peint, au coin de la rue. Un personnage se dresse là pour un temps indéfini, selon le vent, la pluie, les mains baladeuses. Ils ne sont pas tous là, loin s'en faut, les personnages de Paul Bloas, dans le livre sobrement intitulé Les Saigneurs. De travaux solitaires en aventures en duo -avec l'écrivain Jean-Bernard Pouy et le musicien Serge Teyssot-Gay- trente ans d'urgence à peindre et à coller. 


Trois questions à Paul Bloas, dans son atelier brestois.

 

Que représente un livre dans une vie de peintre ?

L’occasion de faire le point, en fouillant dans ses archives. Ça permet aussi de se libérer de certaines choses, de constater que les formes ont évolué. Je travaillais beaucoup plus au début, dans le sens où je remuais des bras, ce qui est propre à la jeunesse. Mes personnages étaient plus bruts, par méconnaissance du dessin. Une fois le dessin apprivoisé, l’essentiel est apparu. Au bout de 30 ans on élimine les fioritures.

 

Les regards extérieurs rejoignent-ils les intentions de l’artiste ?

Il existe toutes sortes de réactions du public. Les personnages séduisent c’est certain, même s’ils sont sombres. Il y a des vides dans ma peinture parfois, des corps inachevés avec des parts manquantes, comme la vie des hommes en situation précaire. Après, chacun a son point de vue. Celui de François Barré* qui a écrit la préface n’est pas celui d’un passant dans n’importe quelle ville du monde. J’aimerais des réactions fortes parfois, mais non, les gens aiment bien mes personnages.

 

Le plus difficile est de se surprendre soi-même ?

Bien sûr, c’est le but, de se surprendre, même après avoir dessiné près de 3000 personnages. Et puis il y a des retournements de situations, des choses pas forcément étonnantes à l’atelier le deviennent à l’extérieur. Des années après les avoir peints, des personnages me reviennent en mémoire. Celui avec ses poings énormes, à Berlin. Un autre qui enlève sa veste, à Mada. Je travaille par obsession, parce que je ne peux pas faire autrement, c’est une nécessité. Le plaisir n’est pas exclu, mais il ne domine pas. Les pinceaux me tiennent, c’est vraiment une dope. 

 

*François Barré est expert consultant pour des projets d’architecture urbaine

www.paulbloas.com

Les Saigneurs 1984-2013 Edts Dialogues 39€

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