Pat O’May porte bien son nom, celui légué par ses aïeux irlandais. Il est pourtant né à Rouen et c’est en passant par Belfort qu’il s’installe définitivement à Rostrenen en Centre Bretagne. Allez comprendre ! Aujourd’hui le chanteur guitariste sort son 8èmealbum et n’hésite pas à inviter un Orchestre philarmonique bulgare sur deux morceaux ! Rencontre avec un homme au grand cœur, aussi humble que talentueux.  


« Behind the pics » est votre 8ème album depuis « Bow up » en 1994. Comme dans « Breizh Amerika » sorti en 1999, on retrouve des influences celtes et des grosses guitares. Est-ce un retour aux sources ?
Pat O’May : Je ne l’ai pas conçu comme ça. C’est vraiment l’envie de partir sur un format chanson. Il n’y a que deux instrumentaux sur ce disque. J’ai voulu donner une vraie place au chanteur que je suis aussi. D’où le nom de l’album : « Behind the pics » (Derrière la photo). Je présente au public mon autre moitié : le chanteur. Je raconte des histoires. Les textes sont importants.

Est-ce que cette nouvelle approche a changé votre façon de composer ?
Bien sûr. En laissant plus de place au chant, il a fallu arranger les choses de façon différente. Je voulais aussi « désenclaver » mon son des années 80. Etre un peu plus actuel. Des groupes comme Porcupine Tree et Tool m’ont beaucoup influencé ces dernières années. J’ai fait un mixe entre ce que je savais faire et mes nouvelles influences prog, voire pop rock.  

Il y a aussi une collaboration avec avec le « New Symphony Orchestra » Bulgare de Petko Dimitrov sur deux morceaux. Comment s’est passée cette rencontre ?
C’est quelque chose que j’avais en tête depuis très longtemps. C’est le morceau « On the moor » qui a tout déclenché. Je n’avais pas envi de mettre des synthés dessus. Les discussions sans fin avec Petko Dimitrov me sont alors revenues, celles dans le tour bus sur la tournée allemande d’Excallibur et cette envie commune de travailler à nouveau ensemble. Alain Le Meur, mon producteur, m’a permis de réaliser ce rêve. Car s’est un investissement, et à un moment donné, quelqu’un signe un chèque ! Je suis conscient de la chance que j’ai d’avoir une maison de disque qui me soutient dans mes projets et me laisse une totale liberté créative. Quand j’ai été voir Alain et que je lui ai dit que sur ce morceau il y aurait un orchestre symphonique… Il m’a dit que de son côté, il rêvait d’avoir un tel orchestre sur une de ses productions !  Son père, déjà, voyait la musique bretonne come de la musique classique. Il a donc dit oui… Après avoir vu le devis ! (rire)

Comment s’est passé l’enregistrement avec l’orchestre ?
Avant de partir à Sofia, j’avais écrit toutes les partitions que j’avais passées à Petko. Une fois tombé d’accord, on a fait appel à un répartiteur, c’est le gars qui va te dire que cette ligne là on peut peut-être la monter d’une octave parce que ça va mieux sonner, etc. Moi je sais écrire, mais la musique classique c’est un autre métier. De toute façon, j’ai écrit ça davantage comme une musique de film. L’idée c’est de faire cohabiter le rock et le classique, pas de transformer mon morceau en une symphonie. Bref, quand je suis arrivé dans ce studio aussi grand que celui de l’orchestre de Radio France, Petko a distribué les partitions à ses musiciens qui ont alors découverts ce qu’ils allaient jouer et c’était parti, comme ça sans répétitions ! Il était le seul à avoir le clic, sans bande son et il a dirigé l’orchestre. Comme tous les orchestres classiques, ils ont enregistré mesure par mesure. Ensuite on a récupéré les bandes et on a mixé en Bretagne.

Vous êtes resté longtemps à Sofia ?
On est resté 3 jours. On est arrivé un mardi soir, l’orchestre a enregistré les deux morceaux le lendemain en 3 heures et on est reparti le jeudi. De toute façon se sont des sessions de 3 heures.

Et sur scène, l’Orchestre sera présent ?
On étudie la possibilité sur trois dates en octobre 2016 en Bretagne à la fin de la tournée. Voire une date supplémentaire sur Paris. Mais Paris reste chère. Il faut vendre au moins 1500 billets pour amortir le concert. Et mon expérience avec les spectacles « Excalibur » et « Anne de Bretagne » montre également qu’inviter des featurings n’additionne pas forcément l’audience potentielle de chaque artiste pris individuellement. Ceci dit, on étudie aussi la possibilité d’un festival partenaire à l’été 2016.

Quels titres seraient joués ?
Des titres de « Behind the pics » bien sûr, mais aussi des anciens morceaux et des compositions originales écrites pour l’occasion. Ce serait vraiment un spectacle chargé en émotions. Si on arrive à monter ça, le concert sera filmé. Ça pourrait être l’apothéose de la tournée.

Parlez nous un peu des musiciens qui vous entourent : Jonathan Noyce à la basse, Christophe Rossini à la batterie et James Wood à la guitare.
J’ai la chance d’avoir toujours eu de bons musiciens avec moi. Quand ils arrivent pour enregistrer, j’ai déjà écrit tous les arrangements. Ce que je leur demande, c’est donc de sublimer la partition. Ce que fait parfaitement Tof (Christophe Rossini) qui jouait avant avec Merzhin et EV. Il est arrivé en janvier 2014, après une audition lorsque j’ai renouvelé l’ensemble des musiciens. En avril on devait jouer avec Pat McManus, et un mois avant il m’appelle effondré : il s’était coupé un tendon. Du coup, c’est un autre batteur qui le remplace sur plusieurs dates. Un grand merci à lui d’ailleurs. Mais c’est bien Christophe qui est sur l’album et qui sera de la tournée. En revanche Jonathan Noyce ne sera pas sur scène tout simplement parce que c’est le bassiste d’Archive et qu’il est occupé de son côté à Londres. Jonathan je l’ai connu lors des tournées avec Martin Barre. Martin est le guitariste de Jethro Tull et Jonathan a été leur bassiste entre 2007 et 2013. Quand Martin a monté son groupe, il a appelé Jonathan et il m’a appelé. C’est comme ça que je l’ai rencontré. On est devenu ami. Il a joué avec Garry Moore dont j’étais un fan absolu !  Mais, sur scène, c’est Christophe Badin qui nous rejoint, c’est l’ancien bassiste de Deadline et de Vital Breath. Des groupes de métal prog. Un excellent musicien aussi ! Quand à James Wood, je l’ai rencontré sur les spectacles « Anne de Bretagne » et « Excalibur ». Il avait déjà joué sur « Celtic wings », y compris sur la tournée.

James Wood a également co signé tous les textes, non ?
Exact, sur « Behind the pics », on a co écrit tous les textes. C’est une première pour moi d’écrire toutes les paroles d’un album. Ça a été très enrichissant. Tous les textes ont des doubles, voire des triples sens. En revanche, il n’y a pas de chanson d’amour ! Je m’y refuse, j’ai trop de pudeur ! Dans 80% des cas ce sont des niaiseries abominables. Où alors il faut s’appeler Jacques Brel ! Ici les thèmes sont sociétaux comme la vengeance sur « On the moor », la folie sur « Breakout » et bien sur « No religion ».

« No religion » fait d’ailleurs écho à l’actualité tragique de janvier. Quelle leçon retenez-vous de ces événements ?
Que depuis une quinzaine d’année la montée des communautarismes est une tragédie. Qu’ils soient religieux ou pas d’ailleurs. Ça ne me gène pas que des individus appartiennent à un mouvement, un pays. Je veux juste qu’ils soient ouverts. J’adhère complètement à la communauté bretonne. En revanche, quand certains bretonnants disent qu’ils ont la meilleure culture du monde, je suis offusqué ! En Centre Bretagne où j’habite, j’entends ça tous les jours ! C’est fou ! Des meilleurs musiciens au monde il y en a partout, même dans le Cantal ! (rire)

Comment passe-t-on de Rouen, Marienthal et Road 66 à la musique celtique et Rostrenen en Bretagne?
En passant par… Belfort ! Quand je mets fin à Marienthal, il y a 30 ans, je prends la route avec Road 66. Un jour à Belfort, dans un bar où on devait jouer, on voit Christian Descamp, Daniel Haas, Jean-Michel Brézovar et Francis Decamps en train de parler de la reformation d’Ange ! J’étais fan du groupe ! Bref, je m’installe à Belfort où je deviens pote avec Francis puis Christian Descamp. Ce qui ne m’empêche pas de reprendre la route et d’aller jouer un peu partout en Allemagne, France et en Bretagne… Où je suis tombé amoureux de la Bretagne et de ma future femme Catherine. Après une année d’aller retour, je l’ai rejoint à Rostrenen. Depuis, on a changé de maison, mais pas de village !

Et vous avez enregistré l’album presque chez vous en Centre Bretagne aux studios Tyanpark  avec Jannick Reichert.
J’ai enregistré là, parce que Jannick Reichert est non seulement mon meilleur ami, mais qu’il est aussi un super ingé son. Comme je suis aussi ingé son à la base, on se complète parfaitement. Quand je compose, je pense déjà au mix final. Par exemple, quand j’ai écrit les parties du symphonique, je n’ai rien bougé. Tout était déjà prévu.

Et ce choix du mastering à Abbey Road à Londres ?
C’est la seconde fois qu’on va à Abbey Road. La première, c’était grâce à Nono de Trust qui m’a conseillé le studio. Il m’avait recommandé quelqu’un qui n’était pas libre à ce moment là. C’est comme ça que je me retrouve à travailler avec Alex Wharton. Il a 27 ans et ça fait dix ans qu’il masterise dans ces studios ! Quand tu penses que les responsables d’Abbey Road ont fait confiance à un gamin de 17 ans ! Aujourd’hui le gars, c’est une star, il a masterisé les albums de Bjork, Muse, Garry Moore… Moi qui suis un inconnu parfait pour lui, quand je suis arrivé la première fois, il connaissait tout de mon cursus. Jamais, ce genre de chose ne t’arrivera ici. J’étais impressionné. Pour cet album, je j’ai rappelé. Et là on a carrément fait la set list ensemble.

Tout ce travail sera-t-il un jour entendu en vinyle ?
On pourrait sortir l’album en vinyle si on avait une pré commande de 200 ex. Pour l’instant ce n’est pas le cas. Des vinyles, moi je vais en vendre 50, pas plus. Le marché du vinyle remonte un peu, mais ça reste un marché de niche. Economiquement ce n’est pas viable.

Vous avez toujours collaboré avec des luthiers. Aujourd’hui c’est Lâg. Pourquoi cet attachement à une marque à un moment donné. Et pourquoi Lâg aujourd’hui ?
L’histoire avec Godin se finissait. Parallèlement Lâg me faisait du pied depuis presque 10 ans. C’était l’occasion. Avec eux, on sort une guitare signature. On a travaillé deux ans sur différents prototypes et mis au point une guitare qui me correspond vraiment. J’ai des doigts très courts, il me faut un manche pas trop épais, des volumes à portée de main, etc. On a testé différents types de micro, j’ai fait rajouter un kit switch. Et le graphisme ! Il m’on proposé de réaliser une lithographie sur une plaque d’alu creusée à l’acide qui reprend une partie des éléments du chaudron de Gundestrup comme Cernunnos, le Dieu de la chasse, etc. Le modèle va être commercialisé à partir de mars. Pour un guitariste, c’est un rêve ce genre de guitare « endorsées ». Et dire que la plus célèbre est la Les Paul réalisée pour Monsieur Les Paul en personne.

Est-ce que le fait de jouer de la musique à forte influence celtique, fait de vous un militant breton ?
Un militant non, mais un représentant de la culture bretonne sans aucun doute. De toute façon j’ai presque une double nationalité. A l’étranger, avec mon patronyme « O’May », on me voit comme un musicien Irish autant que Breton. A minima, pour la presse je suis un guitariste breton. Pas un guitariste français.

Et pour finir, quels sont les trois guitaristes de votre Panthéon ?
Steve Vaï, Jeff Beck et Gary Moore bien sûr !

Propos recueillis par Hervé Devallan

Le 20 février, premier concert de la tournée « Behind the pics » à la Citrouille à Sant Brieg
Site officiel de Pat O’May  


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