Louis Guilloux : 40 ans d’études critiques HermineHermineHermine

Plus de vingt commentateurs nous éclairent et nous conduisent au cœur de la petite « échoppe » de Louis Guilloux


Louis Guilloux : 40 ans d’études critiques

L’œuvre romanesque puissante et fascinante de Louis Guilloux suscite depuis quarante ans de très nombreux ouvrages ou articles critiques. Cette floraison, d’abord timide, commence dès 1971 par une première monographie éclairée de l’écrivain briochin sous la plume d’Edouard Prigent aux regrettées Presses Universitaires de Bretagne. Elle se poursuit en 1979 quand Yannick Pelletier donne aux éditions Klincksieck sa thèse de doctorat consacrée à l’auteur du Sang noir. Guilloux meurt l’année suivante au matin du 14 octobre 1980 ; dès lors la voie est ouverte à de multiples publications, parfois strictement biographiques  – ainsi l’ouvrage d’Yves Loisel aux éditions Coop Breizh en 1998 -, parfois animées par la volonté de définir la force propre de l’œuvre et de rendre à son auteur la place qui devrait de toute évidence être la sienne, celle d’un des romanciers français les plus importants du vingtième siècle. C’est le but que s’assigne Henri Godard dans l’essai Louis Guilloux, romancier de la condition humaine (Gallimard, 1999). Outre ces travaux d’hommes seuls, des ouvrages collectifs présentent études, témoignages, portraits, textes rares ou inédits, bibliographies actualisées : on se souvient, entre autres, du remarquable numéro de la revue Plein Chant en septembre 1982 qui interroge ou reprend des textes d’illustres contemporains de l’écrivain : André Malraux, Albert Camus. Henri Thomas, Marcel Arland, Jean Cayrol, Jean Grenier, Jean Blanzat, Maurice Nadeau. Et des actes d’un premier colloque de Cerisy, sous la direction de Jean-Louis Jacob, publiés chez Calligrammes en 1986. Enfin, les années 2000 sont marquées par la publication de nombreuses Correspondances de Louis Guilloux souvent établies et annotées par Pierre-Yves Kerloc’h.

L’Atelier de Louis Guilloux récemment paru s’ajoute donc à la longue liste de ces livres coécrits par des passionné(e)s de l’homme qui au soir de sa vie disait qu’elle s’était déroulée pendant « deux guerres, des révolutions, des coups de fusil partout, la pauvreté, le chaos ». L’ouvrage, fort dense (370 pages), donne la parole à plus de vingt commentateurs et s’organise intelligemment autour de trois parties : une œuvre toujours à explorer, l’atelier du littérateur, les frontières du roman. Cette dernière section, particulièrement intéressante et novatrice montre comment le romancier, « fondamentalement polygraphe » selon la juste formule de Béatrice Dartevelle, s’approche souvent d’autres genres, récits, « textes de presse », journalisme, cinéma et parfois même du seul « bruissement du silence » dont parle avec bonheur Christian Cavalli. D’autres textes passionnants instruisent et touchent – au meilleur sens de ce dernier verbe. Ainsi les pages justes et sensibles de Grégoire Leménager dressant l’éloge de cette « écriture à hauteur d’homme » qui fut toujours la marque la plus belle du style du romancier, ainsi aussi le travail d’archiviste scrupuleux d’Arnaud Flici, responsable des collections patrimoniales des Bibliothèques municipales de Saint-Brieuc et, à ce titre, du fonds Guilloux, ainsi encore l’étude très fine des « dits et non-dits des Carnets » de l’écrivain par Pierre-Jean Dufief, ainsi enfin l’émouvante étude de la matière graphique des manuscrits de Louis Guilloux sous l’œil vif et la plume délicate de Claire Bustarret. Ces travaux de grande qualité nous éclairent et nous conduisent véritablement au cœur de la petite « fabrique » – peut-être pourrait-on se contenter d’écrire « échoppe » – de Louis Guilloux. Ils révèlent quelques-uns des secrets d’un homme qui avait la grandeur obstinée et définitive de « refuser toute posture dominante, toute attitude de jugement, tout mépris ».

Presse Universitaire de Rennes

L’Atelier de Louis Guilloux : actes du colloque de Cerisy-la-Salle sous la direction de Madeleine Frédéric et Michèle Touret, Presses Universitaires de Rennes, 2012, 18 €

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