« Le management totalitaire » de Violaine des Courières  HermineHermineHermineHermine


Pas sûr que « Le management totalitaire » soit le best seller des écoles de commerce ! Encore moins conseillé chez les apprentis RH tellement la soumission de ces engeances est troublante. Pas étonnant en revanche, puisqu’il s’agit ni plus ni moins qu’un travers de l’espèce humaine : se soumettre ou se démettre. Et avec un loyer à payer chaque mois, une famille à nourrir et un train de vie – pour les plus avantagés – à conserver, le choix est vite trouvé. Rien de surprenant, non plus, de constater que la grande majorité des témoignages soit le fait de PDG à la retraite ou de collaborateurs licenciés. Marrant comme la parole se libère alors. Mais n’est-ce pas un peu trop tard pour soulager sa conscience ? Ah si, on oubliait quelques syndicalistes bien démunis quand le management totalitaire s’impose à eux…

Mais que raconte donc de si horrible le livre de la journaliste de Marianne ? Ce que tout le monde vit de près ou de loin dès lors qu’il est salarié d’une grosse boîte : la tyrannie à tous les étages, du Comex (Comité Exécutif) au garçon de bureau. Et encore ce dernier semble épargné ! Force est de constater que la France a courbé l’échine et adopté les règles du jeu économique à l’anglo-saxonne. A savoir ? A savoir que le principal et seul objectif est désormais de cracher de l’argent pour dégager des dividendes distribués aux actionnaires qui sont le plus souvent des fonds de pension . (On en parle de l’inflation à cet instant de la chronique ?). La pression est donc énorme pour les cadres dirigeants et les seconds de cordé. La variable d’ajustement ? Le départ du collaborateur. C’est simple et ne nécessite pas forcément 5 ans d’enseignement en école de commerce puisque (quoique 5 ans à 15 000 euros l’année ça rapporte !) c’est la seule et unique solution pratiquée. L’imagination n’est pas au pouvoir, c’est sûr !

Powerpoint, reporting, séminaire et EAD

Les entreprises françaises ont donc versé dans l’enfer des Temps Modernes à grand renfort de slides powerpoint, de reporting, de séminaires inquisiteurs et d’EAD, ces fameux bilans couperet de fin d’année avec votre manager pour déterminer avenir et prime dans le meilleur des cas. Le même manager ayant subi la sienne peu avant… Le tout dans un contexte où les célèbres employés des Ressources Humaines (véritable héraut du patron) suivent uniquement les méthodes mises en place par les cabinets de conseils américains dont les plus célèbres sont BCG, Bain ou le désormais le très controversé McKinsey. Pas étonnant que les solutions préconisées par l’Elysée soient si terriblement chères et dénuées d’imagination. La Start Up Nation aura bien du mal à se relever… Mais on s’éloigne de notre sujet. Ou pas vraiment, car de burn-out en longue maladie (quand ce n’est pas des suicides), le problème de la retraite pourrait être trouvé : la prise en charge de l’emploi des seniors par l’assurance maladie. En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées !

Et puisqu’il est de bon ton de se comparer à l’Allemagne – mais sur ce sujet, on n’entend pas grand monde – il est intéressant de noter que le management rhénan privilégie le dialogue social, le capital familial et une vraie place des syndicats au conseil d‘administration des sociétés. Etonnant non ? Il faudrait juste vérifier que le nombre d’arrêts maladie chez nos cousins germains soit inférieur à celui de la France…

Hervé DEVALLAN

« Le management totalitaire » de Violaine des Courières aux éditions Albin Michel – 218 pages – 21.90€

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