Anne Weber écrit entre deux langues. L’allemande et le français. Elle traduit, entre autres, Pierre Michon ou Georges Perros ! Ces temps-ci, la romancière Anne Weber nous donne à lire le destin formidable d’Annette.
Annette vit quelque part en Drôme. Une vieille toubib qui n’a pas que les douceurs de Drôme ou les lignes de lavandin pour horizon. Annette est née du côté de chez nous, ses ancêtres sont des rives de l’Arguenon. Oui, et ce n’est pas que pour les marées remontant l’Arguenon qu’Anne Weber s’intéresse à Annette, ni parce qu’elle connaît par cœur les routes de Dinan. C’est de l’épopée qu’Annette a vécue et c’est de résistances que le livre parle.
Les résistances d’Annette. Elle a résisté à tellement, aux normes qui veulent qu’une mère élève ses enfants et surtout aux oppressions, aux réseaux clandestins, aux guerres qui sont d’abord des événements. Quand Benjamin Stora sort un rapport pour apaiser notre vieux rapport à l’Algérie, Annette pourrait tellement en rajouter.
Proche de Ben-Bella, donc vite ennemie du gouvernement, elle a aussi vécu cela. Les mises en place de ministère, celui de la Santé à Alger pour ce qui la concerne, et à vitesse grand V la nécessité de retourner en clandestinité. Les clandestinités d’Annette !
Le voyage aller, clandestin. Et le voyage retour, non moins !
Entre temps, les congés payés : On traite ces estivants de Parisiens et peu importe qu’ils viennent de Rennes, du Mans ou de Clermont. Les résistances : La Résistance est divisée en mouvements très divers qui tous commencent à songer à l’après, à la manière dont leur pays en sortira, de ces années d’Occupation. Et tous s’appliquent à prendre leurs dispositions pour n’être pas les derniers arrivés lorsque la course va débuter – la course et puis la lutte pour le pouvoir. Charles Trenet sauf que Nationale 7 ne rime pas avec Tamanrasset ! Mais avec Annette !
Anne Weber a rencontré Annette presque par hasard mais les deux femmes en fondent un récit où la parole d’Annette s’incruste et nous méduse chaque fois.
Ça commence donc par de la résistance et ça finit en résistance. Annette est une insoumise. Annette est une grande gueule qui la ferme, qui, emprisonnée, rencontre les femmes prisonnières et se rend compte de ce qu’elles vivent et qu’elle n’a jamais vécu et ne vivra jamais. Voilà comment elle se retrouve pour des idées, des concepts, par idéologie à porter des valises, à transmettre des messages, à s’avancer la nuit ou aux aubes grises, sans jamais dénoncer, en ne craquant pas. On se demande comment Annette n’a pas disparu dans les camps au vu des risques pris. On ne se demande pas pourquoi elle n’est pas au Panthéon puisqu’elle est vivante ! Elle vit dans le livre d’Anne Weber. Elle a moins de nom Beaumanoir qu’un prénom. Trop effrontée pour être au fronton des Hommes illustres puisque c’est une femme. Annette n’aura avant longtemps, l’époque est normative, pas d’autres mémorial que ce livre très beau, très grand, publié au Seuil en mars 2020.
Annette, une épopée. Elle est bretonne puisqu’elle part de Bretagne, elle est maquisarde car son engagement est évident lors de la seconde guerre mondiale et hostile à toute occupation dont la française en Algérie quand les événements vont s’avérer une guerre.
Universelle cette épopée. Universelle cette langue d’Anne Weber dans un poème tonique, à lire d’une traite (ou deux !). Poème qui n’est pas qu’élégiaque, mais plutôt de l’ordre de la claque. Le texte est justifié à gauche et non à droite : tout un symbole, non ?
Gilles CERVERA
Anne Weber, Annette, une épopée Ed du Seuil 19€












