C’est un bon titre, ça, Les bons gars. Ça mérite de faire connaissance, de les retrouver chez eux, au travail, les bons gars. Ça mérite plus qu’un détour, de passer quelques temps dans ce bon livre, excellent même. On le dit d’entrée que c’est un bon titre, pour s’assurer qu’un titre comme ça, les bons gars, est fait pour rassurer. Y entrer en confiance. Pour être bien chez soi et bien avec les autres, eh bien, sachez-le lecteur, ce titre est une antiphrase.

Petite lâcheté de ma part, de vous mettre au courant, moi qui ne l’étais pas. Petite bassesse, vague vengeance ! Sans doute pour vous faire payer le fait que moi, j’ai fini le bouquin et que vous, pour vous, les bons gars est à lire, à découvrir. Les bons gars, ceux de l’équipe C !

L’équipe C, ce sont des pompiers. Et, parmi eux, notre héros qui évidemment est plutôt du genre qui nous ressemble, auquel on s’identifie, le Polonais est évidemment un anti-héros. Voyez, ce livre est le contraire d’un livre qui accompagne la vie douce et molle, c’est un roman, un vrai, d’aujourd’hui, en faux plat, un roman de lotissement avec les rues trop vides, les haies de laurier palme trop sombres et les regards entre les haies, par moment. Un roman  qui sonne et dont le ton est on ne peut plus efficace, entre ironie et naïveté, bref en faux plat. Il se passe en Hollande car l’auteur, Arnon Grunberg, est né là. Européen. C’est un roman européen, pas anti-européen, non, un roman du monde aujourd’hui en Europe avec les pompiers, des bons gars, des vrais camarades, l’envie de faire au mieux, d’éteindre les incendies au plus vite (sauf dans les foyers d’immigrés), d’intervenir en urgence sur les accidents, les désincarcérations, les évacuations, de soigner, d’aider les chats perchés à la cime des arbres ou sur les pylônes, de descendre de très haut un corps sur le dos. Pour cela ils s’entrainent. Ils ne chôment pas les bons gars de l’équipe C. Du sport, du sport et du sport.

Entre hommes, du sport et du sport.

Douches viriles, blagues viriles, et entraide sont au programme de l’équipe C !

Entre bons gars, comme une fraternité des camions rutilants, comme un rêve de gosse que l’équipe C vit en adultes, presque. Et le Polonais.

Les histoires d’amour, dieu, le poulailler de dieu…

C’est lui le héros, lui dont on visite le drôle de ciboulot. Il s’appelle Geniek mais préfère le Polonais. Même son ado de fils, même sa femme l’appellent comme ça. C’est déjà bizarre, pas pathologique non plus, une personne, quelqu’un, héros ou pas, qui préfère son surnom à son prénom. Comme ça qu’il vit du soir au matin, chez lui, quand il n’est pas de garde et du matin au soir, à la maison, plutôt tout seul puisque sa femme travaille aussi, elle est institutrice.

Le Polonais a confiance en elle surtout côté éducatif. Pour les enfants. Deux garçons, puis un. C’est un des drames de ce couple. Un des drames parmi d’autres, la sexualité, la femme du collègue, le deuil dont celui d’une vieille poneyte, les histoires d’amour, dieu, le poulailler de dieu etc etc. C’est un roman.

Une saga du deuil infini d’être le Polonais. Un drame taiseux, banal, qui pourrait avoir lieu à côté de chez vous. Dont vous seriez le pompier de service, ou le mari en manque qui se masturbe en attendant. Il y a des scènes crues, des scènes ordinaires et crues, le livre d’Arnon Grunberg est un grand livre comme l’époque : crue et ordinaire.

Sur le bandeau du bouquin, l’éditeur se doit d’être vendeur, limite racolage, il est dit de cet auteur que c’est le Houellebecq néerlandais. Vrai, son héros est moderne, sa vie banale, dans un monde qui ressemble au nôtre, sans être prédictif en quoi que ce soit. L’individu de plus en plus seul confie sa quête d’amour à des agences idoines et son soin à des entreprises de service à la personne ! Époque gaie et maussade où tout le monde a les jetons et où les bons gars font peur, parfois.

Ils n’oublient rien, ni ce qui s’est passé un jour entre la femme d’un collègue et un collègue, ni le deuil et toutes les consolations à imaginer, ni l’origine, la Pologne, du Polonais. Même si à deux générations. Même si on apercevrait les flèches de la cathédrale d’Aachen (Aix la Chapelle) en regardant bien, depuis le haut de la tour hollandaise où les pompiers s’entraînent, font la fête, et parfois, les bons gars ne le sont pas.

À lire vite, avant les échéances !

Gilles CERVERA

Des bons gars d’Arnon Grunberg aux éditions Chambon 493 pages, 24€

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