Quimpérois, Christian Le Goff vient d’obtenir le prestigieux prix littéraire Louis Nucéra pour son premier livre Dernières pédalées publié aux éditions Amalthée.


L’ouvrage -coup d’essai, coup de maître- réconcilie deux passions qui pouvaient, a priori, sembler éloignées. La première est celle du vélo pratiqué à la façon d’un compagnonnage de tous les instants – mais il faut dire mieux et parler d’un véritable art de vivre. La seconde est celle de la littérature, ici offerte en partage sous le signe double de la mémoire et de la grâce.

Mémoire des écrivains qui, comme Christian Le Goff, furent passionnément cyclistes. Alfred Jarry, surmâle guetté par les poisons verts, les serpents rouges de la précoce folie ; Victor Segalen dont la première œuvre littéraire est inspirée par une belle cyclerie autour de ce Finistère poignant où il reviendra aux derniers jours tracer un trait définitif en travers de sa vie ; René Fallet, brûlé dès l’enfance par le désir de la petite reine au nom si beau – nom de caresse et de poème ; Antoine Blondin communiant dans l’admiration virile des forçats de la route du Tour de France ; Louis Nucéra enfin, romancier solaire et clandestin, fauché en plein beau jour sous le soleil fixe et éclatant de l’arrière-pays niçois.

 Grâce d’un style qui va son chemin délicat, tisse les inflexions savantes d’une langue souple et ondulée comme une bicyclette épouse de chaque route le grain particulier, de chaque paysage traversé le ruban gris.

Ces vies d’écrivains saisies au prisme du cyclisme se dévoilent dans la multiple splendeur de leurs savantes nuances. A chaque portrait son rythme propre,  à chaque époque la couleur de ses songes, à chaque cyclerie, sa délicatesse, sa part lumineuse cependant bordée de la discrétion du mystère préservé, du secret. Cet émoi de plume a un nom – nom de pudeur et de grandeur mêlées, de talent et de modestie infiniment conjugués : c’est le charme .


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