David Bowie en bandes dessinées HermineHermineHermine

Il est l’un des artistes majeurs du XXème siècle. Presque six ans après sa disparition, David Bowie fait l’objet d’une importante dévotion. De Space Oddity à Black star, ses multiples avatars se sont installés au panthéon de la pop musique. Les éditions Petit à Petit lui consacrent une bande dessinée biographique.

Plusieurs éditeurs de bandes dessinées ont choisi David Bowie somme sujet phare de leurs publications. Ainsi, quatre ouvrages sont parus ces derniers mois. David Bowie, une vie illustrée, aux éditions Huginn & Muninn ; Bowie : Stardust, Rayguns, and Moonage Daydreams, chez Simon Schuster UK ; David Bowie, une biographie, éditée chez Presque Lune ; enfin, David Bowie en BD, publié par l’éditeur nantais Petit à Petit, spécialiste breton de ce que l’on appelle le « docu-BD ». Ce sont quatre occasions de redécouvrir la vitalité créatrice du chanteur à travers ses différentes périodes, chacune sujette à un état d’esprit sui generis.

“Ground control to Major Tom”

Le livre est construit autour de vingt chapitres, ils comportent tous huit pages et chacun est mis en images par un dessinateur différent. La première page est introductive, suivie de cinq planches d’une micro bande dessinée qui investigue le parcours dantesque menant David Bowie à construire sa légende, puis d’une double-page construite autour d’un texte biographique signé Nicolas Finet. Il s’agit de la carrière hors-norme d’un artiste unique racontée sous forme de paraboles permettant de saisir moult fragments d’une vie exceptionnelle à travers les dessins inégaux de douze illustrateurs. Certaines planches sont remarquables, en particulier celles de Léonie Bischoff, Nicolas Pitz, Samuel Figuière… d’autres ont plus de mal à convaincre.

David Bowie en BD évoque l’affranchissement d’un homme vers son alter ego scénique : celle d’une future star s’émancipant de l’existence ordinaire qu’aurait pu avoir le jeune David Jones (son véritable nom) s’il n’avait pas été saisi par la scène rock du Swiging London. Le livre évoque les origines de Ziggy jusqu’à sa pénultième métamorphose en Thin White Duke (Mince duc blanc) incarnée lors des tournées Isola Tour (1977) et Isola Tour 2 (1978) ; lui restera à endosser le costume d’un ultime personnage, celui du pierrot clownesque de Scary Monsters (and Super Creeps) avant de redevenir « humain » pour faire danser la planète entière avec Let’s Dance.

Bowie petit à petit

Les textes de Nicolas Finet offrent un aperçu général du parcours de la star. La construction répétitive sur vingt scènes biographiques rythme l’ensemble : c’est agréable, cartésien, facile à lire et à suivre. Comment ne pas toutefois bondir face à certains anachronismes ? Parmi eux, la légende obsolète selon laquelle le titre Angie des Rolling Stones aurait été écrit par Mick Jagger pour Angela Barnett, ex-femme de Bowie, dite Angie, alors que Keith Richard explique précisément le contraire dans ses mémoires. On regrette que Nicolas Finet ne les ait pas lues – Life, éditions Robert Laffont. Outre ces erreurs grossières, on déplore aussi les lacunes iconographiques – dont la pochette annoncée de Never let me down qui est en fait celle de Tonight (page 131) – et les fautes de français (grammaire & orthographe) douloureuses pour les yeux.

Faut-il lire David Bowie en BD ? Oui. L’objet deviendra culte par ses erreurs et approximations qui seront à n’en pas douter corrigées dans les prochaines éditions ; une pièce rare, donc, agrémentée de quiproquos rigolos tant ils relèvent d’un sympathique amateurisme. Oui également si vous ne connaissez pas Bowie ; le chapitrage tel qu’il est conçu aide à la compréhension d’un artiste complexe et difficile d’accès. Oui encore pour les illustrations de Berlin-Ouest dont le dessinateur Christopher a parfaitement rendu l’ambiance grise des 70’s, en particulier l’extérieur du studio Hansa by the Wall. Oui enfin, car ce livre est une porte ouverte sur les trois autres cités en introduction, plus exhaustifs et moins accessibles aux béotiens.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2021 – J.E.-V.& Bretagne Actuelle

David Bowie en BD, une bande dessinée collective scénarisée par Thierry Lamy Couverture de Blast / Textes biographiques écrits par Nicolas FinetÉditions Petit à Petit / Collection PopRock – 167 pages couleurs – 19,90€

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