Corto Maltese : La reine de Babylone HermineHermineHermineHermine

Quelques mois après la polémique qui aura justifié sa déprogrammation au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, Bastien Vivès fait son retour en librairie avec un nouvel épisode de Corto Maltese :  La reine de Babylone.

La Reine de Babylone, aventure de Corto Maltese désormais revisité par Bastien Vivès avec le concours du scénariste Martin Quenehen, vient de paraître. Il s’agit de leur deuxième collaboration relative au légendaire marin vénitien, après l’essai magistral que fut Océan noir.

Fondatrice de Babylone

Dans La reine de Babylone, Corto revient à Venise au début du XXIe siècle. Nous sommes en automne 2002. Une nouvelle guerre se prépare. Notre héros est aux côtés de Sémira – diminutif de Sémiramis : fondatrice de Babylone – auprès de qui l’amour, l’honneur et la fortune s’entrechoquent. L’éternel voyageur croise d’étonnants personnages sujets à la seconde guerre du Golfe. Des Irakiens… Des Serbes… Des Bosniaques… Tous affrontent un Corto soucieux de tracer sa route, d’aimer, de se battre et découvrir malgré-lui l’aventure, telle une malédiction qui empêche de rentrer au port. Ce deuxième volet après Océan noir (2021) – qui menait du Japon à l’Amérique du Sud – est plus audacieux dans la réinterprétation du mythe. Sur fond d’après-guerre des Balkans, de ses tractations hasardeuses liées au trafic d’armes, et d’une recherche d’un trésor dans les contrées légendaires de Babylone, notre homme se fraye un chemin parsemé de sombres embûches.

Comme le fils de l’original

Le Corto « 2000 » fera penser à un produit marketing et c’en est un. Pourquoi le nier ? Il met en scène des personnages actuels dans un décor contemporain, manière habile de continuer à faire vivre l’un des « braves » les plus emblématique de la BD franco-belge. On peut d’ailleurs être féru des épopées du premier et séduit par les aventures du second. Ce n’est évidemment pas le même personnage. Pas tout à fait. Celui-ci ressemble à l’original comme un fils… un petit-fils… un avatar… un clone… mais le lecteur n’est pas idiot, il comprend la projection, et voilà bien la magie fictionnelle d’une bande dessinée : faire vivre à la fois le Corto de Pratt et un inconnu similaire au fil de pages parfois muettes, sans dialogue, un homme avare de mots, exactement tel qu’il est apparu en 1967. Au reste, ceux qui le découvriront dans les albums de Guenehen et Vivès auront peut-être envie de puiser aux sources. La boucle sera bouclée.

Viva Vivès !

Corto a eu quantité de visages sous le trait de Pratt. Inspiration Burt Lancaster… Influence David Bowie…  Ses différentes allures ont simulé moult têtes d’affiches… Bastien Vivès a choisi de revenir à l’image première en empruntant au physique de son créateur : petit nez busqué accentué par un regard proche des sourcils. Cet « autre » Maltese impliquait de le transposer dans des ambiances qui puissent lui convenir. Océan noir et La reine de Babylone sont en phase avec la géopolitique actuelle. L’un et l’autre attestent qu’il y avait une deuxième option pour le personnage. Et comme le dit Bastien Vivès : « Merci à Casterman d’avoir su maintenir un endroit où la création est encore possible. » Fut-elle critiquée. On s’en moque. Quand c’est réussi, c’est réussi. Faut-il lire La reine de Babylone ? Oui. L’offrir aussi. Noël et les étrennes approchent.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Corto Maltese : La reine de Babylone, une bande dessinée de Martin Quenehen & Bastien Vivès, d’après Hugo Pratt aux éditions Casterman – 55 pages noir & blanc – 22,00€

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