Ecriture des corps, corps de l'écriture.


        Brestois, Louis Hémon ( 1880- 1913) opte vite pour une vie chiche et difficile. Refusant la perspective commode d’une existence protégée que son ancrage bourgeois d’origine aurait pu lui offrir, l’auteur de Maria Chapdelaine n’a de cesse de fuir – de se fuir. On le voit à Paris, à Londres, à Hastings, à Liverpool enfin où il s’embarque pour le Canada. Il y meurt précocement et aujourd’hui encore, à cent ans de distance, les causes de sa disparition demeurent mystérieuses. On sait qu’il fut écrasé par une locomotive mais on ignore pourquoi il marchait sur les voies du chemin de fer, ou qui le poussa sous les roues du Trans Canadian Express, près de Chapleau en Ontario le 8 juillet 1913. Il fut donc inhumé dans le cimetière du village où, de l’aveu embarrassé même du curé de l’époque, on comptait plus d’un étranger bizarrement happé par le train …
       Ses métiers d’occasion tâchaient toujours de le maintenir du côté incertain de la littérature. Celle-ci fut avec les voyages la grande affaire de ses jours. Les éditeurs refusant tous ses manuscrits, il vécut plus mal que bien en écrivant entre 1900 et 1910 pour la presse sportive. Cette activité n’était cependant pas toute alimentaire. Hémon avait une admiration réelle pour la « culture physique », laquelle lui paraissait une noble contrainte librement consentie, capable de tremper le caractère, de canaliser l’énergie, de forger la personnalité de ceux – infiniment moins nombreux qu’aujourd’hui – qui s’y adonnaient.
        L’universitaire Geneviève Chevrolat a donc eu la bonne idée de réunir une trentaine de ces articles de presse  publiés il y a un siècle dans des périodiques aux noms alors furieusement modernes : L’ Auto ou Le Vélo. Loin de se limiter à ces deux activités, Louis Hémon profitait de ces colonnes pour rendre hommage à l’aviron, la course à pied, le football,  la natation, le rugby et, plus que tout, au noble art : la boxe. Cette dernière est pour lui non une pratique brutale ou sauvage mais l’expression la plus achevée du vrai courage. D’ailleurs, on est frappé par la ferveur  – le mot n’est pas trop fort – de l’écrivain tant pour les sports que pour ceux qui les pratiquent. On aime aussi que Louis Hémon souligne tout autant la beauté et la grandeur de entraînement régulier que le fait de vaincre.  Le chroniqueur est bien un amateur, au meilleur sens de ce terme. Comme tel, il comprend également que loin d’être « réduit » par le temps consacré à la pratique sportive, l’esprit humain y gagne vigueur et affranchissement, ténacité et loyauté.
       C’est donc bien le mérite de ces articles rassemblés d’être avant tout ceux d’un admirateur de la vertu pédagogique du sport quand il est pratiqué sans fanatisme. Louis Hémon s’y montre sous un très beau visage : celui d’un humaniste convaincu. Quel meilleur éloge ?
                                                                   Au pied de la lettre, Louis Hémon chroniqueur sportif. Textes courts réunis par Geneviève Chevrolat.
        



Editions Prête-moi ta plume. 18 euros

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