L’auteur et metteur en scène de cet excellent film, J.C. Chandor, réussit le tour de force de nous laisser entrevoir l’ineptie du « monde financier » sans tomber dans le manichéisme.
Ce thriller avec des zéros et des virgules n’évoque aucune mort en direct mais nous précipite en quasi apnée et avec beaucoup de brio au cœur la crise des subprimes. Crise qui va mettre des dizaines de millions de personnes à la rue et au chômage dans le monde. Et entraîner un lot de malheurs et de suicides qui reste à évaluer.
Le pire est que, lors de cette nuit fatidique sur laquelle le film se concentre, tous les personnages en sont parfaitement conscients. De fait, différents points de vue s’expriment avec clarté, du plus cynique (porté par un Jérémy Iron méphistophélétique à peine grimé) au moins altruiste (il n’y a pas beaucoup d’autres options proposées par les soutiers ou dirigeants de cette tour infernale…).
Même si on avait une vague idée sur la question, ce qui frappe le plus, au-delà de la justesse des dialogues et des situations décrites, c’est bien le phénoménal égoïsme dont font preuve ces pions finalement importants dans un jeu qui semble voué à l’échec. Pour d’autres, tel celui qui aurait préféré continuer à construire des ponts, vu que cela semblait servir à quelque chose, on parlera d’une extraordinaire solitude.
Mais surtout ce film tendu à l’extrême, qui réussit entre autres prodiges à nous faire à peu près comprendre le déclenchement de la crise actuelle, annonce une autre terrible nouvelle : la machinerie qui régule plus ou moins l’économie mondiale, et donc notre quotidien, n’a pas de pilote… Oups !
Date de sortie mai 2012, (1h 47min) , Réalisé par J. C. Chandor Avec Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons, Demi Moore, Zachary Quinto. Production américaine












