Pour parler de sa compagne disparue, « fille de combats, d’espérance, de luttes », Jean Pierre Nedelec a opté pour la légèreté. Il se projette dans un avenir sans elle en évoquant les bons ou les moins bons moments vécus ensemble. Mais toujours sous le signe de l’amour et de la complicité.

Sa « chipie » de compagne, prénommée Maryvonne, avait la passion de la peinture. La voici donc, nous dit Jean Pierre Nedelec (il vivent à Tréboul, riverains de la baie de Douarnenez) avec son « aquarelle brossée au bord du chemin », parfois au cours de randonnées en vélo menées de concert. Maryvonne était aussi une combattante et il évoque notamment sa participation aux luttes contre le chantier de Notre-Dame des landes en Loire-Atlantique (« O, ma reine des ZAD »). Plus récemment, ce fut leur participation commune à l’anniversaire des grandes grèves des ouvrières des sardineries en 1924 (« les misères d’hier nous rassemblent en foule chantant »)

Mais au-delà de l’évocation de ces passions de la disparue, il y a tous ces flash-back savoureux sur leur vie de couple. Complicité intellectuelle sûrement. Physique et charnelle aussi. Jean Pierre Nedelec se plaît ainsi à évoquer la « vigueur » de leurs « élans », « le plaisir sans entrave de vieux amants », volontiers abonnés aux « galipettes », parfois « fesses en l’air » et « bite au vent ». Pour autant, tout ne fut pas rose. L’auteur le dit, mais sans s’attarder. « Nous eûmes nos séquences misérables ». Car le souvenir des jours heureux domine, jusqu’à envisager cette fusion inédite au-delà de la mort. « Au cimetière de Tréboul comme un caveau de poupée ;/nous nous retrouverons bientôt en cet écrin souterrain ». Ce caveau que le poète qualifie si joliment de « réduit pour grand sommeil ». Aussi se voit-il un matin « muni d’une brosse et d’une bouteille d’eau pour frotter le granit qui verdoie ». Ou, un autre jour, « dans la merveille des fleurs retissées après tempête ».

Par delà la mort

Ce dialogue ininterrompu avec la disparue est ponctué de quelques retours sur la cérémonie d’adieu. « Point d’homélie/de cantiques rabâchés/entends-tu/le violon des amis ». Ponctué aussi d’un bon lot de mots bretons qui font le charme du parler des Pen Sardin (« pilpous », « chistrou », « gast », « startijenn »…) au point de rendre utile un glossaire breton/français à la fin du recueil.

Mais cette plongée linguistique vers le local et le particulier n’est là que pour mieux cerner le caractère universel d’une liaison amoureuse par delà la mort. Ainsi la référence que fait Jean Pierre Nedelec à Hélène Cadou n’est pas anodine, s’agissant du long compagnonnage qu’elle a entretenu avec René Guy après sa disparition. « Je relis Cadou, note Nedelec, l’avions un peu délaissé son règne végétal ». Se souvenant de ce couple de poètes traversant le temps, il peut donc écrire : « Pourquoi voulez-vous que je deuille ? Je ne veux pas deuiller ». Car il entend sa Chipie Maryvonne l’admonestant : « Arrête donc pauvre vieux/de gémir sur ma tombe/bois un coup/va danser ! »

Pierre TANGUY.

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre, Nedelec, La Part Commune, 2026, 73 pages, 12 euros.

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Livres