Christine Guénanten ne déroge jamais à ce qui fait la nature profonde de sa poésie : la simplicité, l’humilité, la contemplation. Avec des poèmes marqués du sceau de l’enfance et d’une forme d’innocence. La voici, dans sa dernière livraison, au rendez-vous des arbres.
« Le matin qui m’accueille/a des yeux de forêt ». Ces mots ne sont pas de Christine Guénanten mais du poète Charles Le Quintrec (1926-2008) qui avait reconnu, très tôt, les talents de la poétesse bretonne. En forme de clin d’œil, elle cite d’ailleurs ces deux vers au cœur de son nouveau livre. Car Christine Guénanten (elle est née à Vannes en 1958) a cet art, elle aussi, d’accueillir le jour qui vient en trouvant dans la nature de multiples sources d’émerveillement. A commencer par les arbres.
La voici donc qui donne vie à ce vrai peuple des arbres qui s’offre à elle lors de ses déambulations, notamment le long du chemin de halage, là où elle vit au cœur de l’Ille-et-Vilaine. Pourquoi, s’interroge-t-elle, un arbre s’appelle saule-pleureur ? Elle trouve la réponse dans l’histoire d’un saule qui se mirait dans l’eau d’une rivière et vivait en compagnie d’une carpe un jour capturée par un pêcheur. C’est peu dire que Christine Guénanten arrive très vite, à donner des sentiments aux arbres ou, pour le moins, à partager leur condition.
Le don de la parole
Ainsi se penche-t-elle avec compassion sur le sort d’un platane de cour de récréation désertée le temps des vacances. « Joyeuse était mon âme/Quand les petits-enfants/Dessinaient, coloriaient/Mes larges feuilles d’or », fait-elle dire à ce platane esseulé. Ailleurs elle se penche sur le sort d’un châtaignier dans le grand parc d’un château. « Tu n’a jamais connu/Le mouvement rythmé/Des marées aux rochers » (…) Est-tu content de vivre/Eloigné de la mer ? ». Parfois les arbres dialoguent avec les plantes environnantes, par exemple avec les fougères qui poussent à leurs pieds. A d’autres moments ce sont les oiseaux et les arbres qui se trouvent en harmonie : « Grâce aux oiseaux/Le vieil arbre renaît/en cerisier sonore ». Ou encore ceci : « En compagnie des arbres/Les passereaux se parlent/En sifflant leurs poèmes ». Et que dire des écureuils qu’elle cite à plusieurs reprises, au point d’écrire un « Poème du hêtre » dont les branches bercent « les nouveaux écureuils ».
Les exercices de contemplation de Christine Guénanten ne s’arrêtent pas là. Elle s’émerveille des « éventails dorés » du peuplier, elle s’amuse des « percussions » sonores du mot baobab, elle s’inquiète pour le sort d’un pin maritime au bord d’une falaise qui recule peu à peu, elle s’incline devant le « chêne centenaire » et s’apitoie sur le sort d’un « sapin solitaire » dans la nuit de Noël. C’est à une véritable « Enfance des arbres » que nous convie la poétesse aurait pu noter le regretté poète Jean Lavoué (1955-2024), créateur d’une maison d’édition placée précisément sous le signe de l’arbre.
Des dessins de Maud Grosset, aux allures d’enluminures, accompagnent avec bonheur cette promenade féerique dans l’univers des arbres, apportant une touche supplémentaire de lumière et de fraîcheur dans ce livre pour enfants et grands enfants. A lire à Noël. Car si les animaux trouvent, en Bretagne selon la tradition, le don de la parole dans la nuit de Noël, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les arbres ?
Pierre TANGUY.
D’un arbre à l’autre, poèmes suivis d’un « conte de l’écureuil » Christine Guénanen, Des Sources et des Livres, 2025, 65 pages, 15 euros.











