Etre né quelque part. Louis Bertholom ne manque pas de nous rappeler, à travers  différents livres, son profond attachement au pays fouesnantais où il a vu le jour le 24 août 1955, plus précisément du côté de la pointe de Mousterlin. Après nous avoir parlé dans d’autres ouvrages du lieu-dit familial de Cleut Rouz, voici qu’il s’attache à nous parler de la plage et du marais de Kerler. Son récit, qui mélange prose et poésie, est à la fois un journal intime et un bel exercice de Nature writing dans la tradition des plus grands auteurs de ce genre littéraire.

« Kerler me cache ou me révèle ses mythes au gré de mes humeurs et des siennes », confie Louis Bertholom. Kerler, ce sont trois paysages qui s’additionnent : une très longue plage, un cordon dunaire, une zone humide que la mer gagne à marée haute. « C’est ici que je perdure », affirme le poète breton, reprenant ici les mots d’un poème de Xavier Grall. « Mon ADN contient certainement une partie de l’âme de ces lieux ». Et Bertholom de nous embarquer dans ces « lieux amniotiques » de Kerler, dans ses « paysages sensoriels », mais il demeure, de bout en bout, « passager du rivage » car l’homme n’a pas le pied marin. Il se contente – et celui lui agrée largement – de baignades ou de longues marches pour satisfaire un « besoin irrépressible »  de recueillement devant la grande bleue.  Parfois il se contente de « humer les odeurs de goémons » ou d’inventorier sur la grève ces « idéogrammes/d’algues sèches/traces diverses » que la mer absorbe « deux pages par jour/à l’infini ». Marcher, donc, jusqu’au point d’entrée d’une portion de plage naturiste (ne sommes-nous pas, ici, vraiment loin de tout). L’occasion pour le poète de trousser quelques haïkus malicieux sur les occupants des lieux. « Cul nu/dans l’eau/à faire des bulles » (…) « Cul nu/deux figues sèches/au soleil ».

Une vraie géopoétique

Le vrai morceau de bravoure de son livre est son approche d’entomologiste du marais de Kerler. Oiseaux, batraciens, mammifères rongeurs, plantes et fleurs diverses : ce monde grouillant n’échappe pas à son expertise. Il fait corps avec ce milieu naturel, épouse ses fragrances, au point qu’il devienne pour lui « le meilleur remède contre l’ennui et la mélancolie » et  d’engendrer un « genre d’autohypnose ». Louis Bertholom le dit avec ce vocabulaire fleuri (et parfois surprenant) qui le caractérise quand il octroie des sentiments à la nature. Il en est ainsi de ces « souches convulsives » ou de cette « lagune perfide ».

« Kerler est mon bureau solaire », affirme l’auteur. «Ma page blanche ». Le disant, il se rattache à ces écrivains du « dehors profond » qu’il admire: de Jack Kerouac à Jim Harrison en passant par Kenneth White. La géopoétique de Bertholom lui fait envisager de se fondre pour l’éternité dans ce paysage. « C’est ici/que j’aimerais rendre/mon dernier souffle/à celui du vent/qui l’emportera/vers l’île aux narcisses blancs ». Allusion aux Glénan, îlots semés sur cette ligne d’horizon qu’il scrute avec passion. Plus loin, il insiste : « Je voudrais m’envoler d’une vision ultime/Nu, abandonné comme une algue à la dérive/Sur la plage à Kerler par une nuit sans frime/Parmi les gravelots sautant sur la déclive ». Rimes riches pour une envolée qui l’est tout autant. Car ce « passager du rivage » qu’est Louis Bertholom nous dit d’abord, dans ce livre très personnel et touchant,  qu’il est avant tout un passager sur terre.

Pierre TANGUY.

Passager du rivage, Louis Bertholom, photographies de Jean-Michel Hérin, Les Editions Sauvages, collection Askell, 2023, 147 pages, 16 euros.

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