Les fidèles lecteurs des poèmes de Jean-Pierre Boulic ne seront pas désarçonnés à la lecture de son nouveau recueil. On y retrouve à la fois les lieux familiers de l’auteur breton (entre terre et mer, « à l’orée de l’océan », en pays d’Iroise) et les méditations qui sont les siennes sur cette vie éternelle vécue dans l’instant présent.
Le poème est-il est un exercice spirituel ? C’est le poète Gérard Bocholier qui le dit. On est disposé à le croire à la lecture des textes de Jean-Pierre Boulic. C’est dans cette veine-là, en effet, qu’il creuse son sillon depuis de nombreuses années. Mais cet exercice spirituel n’a rien d’éthéré. Il s’enracine toujours dans des lieux, « lieux de patience », « Univers de galets/De vagues » où « la brume couve les tourterelles », où « l’aube déverrouille les roses ». Il y a le chemin côtier tout proche, l’appel de la grande bleue mais aussi ces ribinnou à l’intérieur des terres d’où surgissent « les flocons bleus des campanules », ce « pommier nimbé de rose » ou encore « la bergeronnette en brassière blanche ».
De bout en bout, c’est la contemplation et l’attention soutenue au monde. « Un rien enlumine les heures pour celui qui a le cœur ouvert à la reconnaissance et à l’émerveillement », note François Cassingena-Trévedy dans la préface de ce livre. « Tu es ici/De ton humble présence/Tirant de rien petites choses », écrit le poète breton. « Tu confies ton goût de vivre/A la cime des heures ». Instants de plénitude, mais dans la fidélité à un lieu de mémoire. Enracinement et filiation assumés. « Voilà plus de soixante-cinq ans/Que tu as sans le savoir/Reconnu ce lieu où l’herbe rase/Est couverte de menues bruyères/Que ta mère contemplait étonnée ».
Sensible à « l’étincelle d’un rien », Jean-Pierre Boulic peut élargir la focale – jusqu’à manier le grand angle – pour voir à l’œuvre, « au verger des heures », la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Voici « l’homme fatigué », « la femme qui vient », « le puits séculaire », trilogie du récit de la Samaritaine (Jean 4, 1-42). Voici « Un drôle d’oiseau/Mal aimé » qui « S’abrite dans le sycomore/Un peu plus haut que les badauds ». Bonjour Zachée ! (Luc 19, 1-10). Voici la foule qui « avait faim » et qui « fut rassasiée » (Matthieu 14, 14-21).
La vie de Jean-Pierre Boulic, poète chrétien « à la cime des heures », le ramène inlassablement à ces tranches de vie pleinement évangéliques qui n’en finissent pas de l’inspirer. A ce propos, François Cassingena-Trévedy note avec justesse sa parenté d’inspiration avec la poétesse Marie Noël, celle qui pouvait écrire : « L’aube a couché mes cils et je me suis levé/J’ai trempé mon cœur lourd dans la brume divine/J’ai bu dans la fontaine et je m’y suis lavé ». Une manière aussi, comme le poète breton aujourd’hui, de savoir parler à voix basse à la cime des heures.
Pierre TANGUY
A la cime des heures, Jean-Pierre Boulic, préface de François Cassingena-Trévedy, L’enfance des arbres, 2021, 100 pages, 15 euros.
Jean-Pierre Boulic signera ses ouvrages au salon du livre du Conquet les 30 avril et 1er mai 2022












