Difficile de commencer un papier par une phrase que l’auteur dont on parle va compisser ! Saint-Brieuc bée sa baie de littérature et tient comme bouchots ses écrivains !

Villiers de l’Isle Adam, Pallante, Lequier, Guilloux, Grenier, par ordre d’apparition sur scène et de disparition. Et Christian Prigent !

Lui soi-même dit Chino qui va conchier la filière, détester l’assoc, tourner illico en rance beurre le fond de sauce !

Depuis Grand-mère Quéquette, on guette le dernier Prigent, on ne le quitte plus. On, tout le monde dont moi !

La langue est vernaculaire, la musique briochine, voire pire, de fond de vases sombres et saumâtres d’estuaire de Gouët, tendance retour de marée, avec tangue en semelles et puanteur d’estran en métastase d’os de seiche.

Bref, lire Christian Prigent tient de l’urgence !

Contre le sommeil, contre l’endormissement, contre les insomnies, contre les réveils en douceur, contre les pisse-doux, les chrêmes de crème ou les salmigondis de salon !

Lire Chino au jardin qui fait suite à Chino aime le sport ou Les enfances Chino. Flaubert c’est Madame Bovary et Chino c’est Prigent ou vice versa. Après avec concassé l’indicible dans les années soixante-dix, déclaré mort le texte, mort l’auteur, trucidée la littérature et vendue la mèche, l’auteur redevenu vieil et à l’encre trempe sa plume désormais dans le souvenir cru, la cuite !

Christian Prigent a eu pneu ou prout notre enfance.

Est du même jardin. Rue des Ondines, non, mais pas si loin. Boulevard Carnot, non mais si près. Mêmes potes âgés !

Coutray, Broudic, Meheust ou Lambert, Machin Truc ou Bidule sont les mêmes camarades de classe, copains de corvées ou amis des hannetons, criquets -suit la liste des coléoptères plus ou moins coprophages à pas piquer des vers ou couper les ailes de mouches ou griller le grillon, pieds à l’envers et au chalumeau.

Prigent est de chez nous !

De chez les enfances qui vaillent et les trucs à trouvailles. Lui c’est d’observer la voisine, de lutiner les glycines (ceci n’est pas un cas Lembour) et son style est du regard sans égard, des croches-pieds et volte efface.

Enfance briochine donc de Bretagne où chien se dit Ki, et Ankou tire la barbichette à tout le voisinage ! Pour peu xa cause, xa évoque, xa parle comme il dirait ! Xa meure aussi !

Christian Prigent nous avait laissé illisible au chant d’honneur des littéraires trop pointus avec Jean-Luc Steinmetz, le petit romantique à style et cape immense et toute la bande à TXT. Mais voilà ! La voyelle revient ! La voyelle est revenue !

Heureux de ce retour comme vous ne pouvez pas imaginer !
Saint-Brieuc à nouveau dans le texte !

Dans l’intertextualité même, s’il faut faire un peu de chiqué !

Car lire Prigent est une régalade ! Le lire fort, à voix haute vaut mieux pour tout entendre ! Tout comprendre ! Rentrer chez lui. Faire le tour du jardin, le nôtre, qui est d’allées droites en raie de fesse ou circonvoluée en canette agnus dei !

Ah les jardins de Chino. Brinquebalants, oignons et pelures d’aventure, postiers ou cheminots, les jardins sont sauvages, boivent sec, et font prendre du retard pour bouffer chaudes les nouilles ! la bonne excuse est de rentrer le plus droit chez soi et une laitue en pogne comme équilibrateur !

Le roman est plutôt masculin ! Christian est un prénom de garçon ! Prigent est un nom qui marqua la culotte municipale briochine ! Les années de communisme marié au PSU. Les années de Doudou Roi des forêts et raccordé sans faille au Lagarde et Michard ! Je n’ai pas eu Prigent au lycée mais George Pearson, Capiès dit Capo, le petit père Le Bars ou la divinité Mademoiselle Melot ayant perso opté pour le lycée des filles ! Mais chacun, même loin du lycée en béton armé dédié à Rabelais, connaissait Doudou ! Chino est un roman initiatique à l’ancienne, va l’énerver le Cricri, tant pis. Masculin, garçonnesque, intimidinette, écrit après ou avant hachtagmitoo, où le concombre va au con sombre, continent noir etc de l’amie de Chino. Cucurbitaquoi rentre où c’est beau, bon, une fois, deux fois, autant de fois que le yeux exorbité du releveur de compteur reste en orbite !

Prigent fils et petit-fils ou arrière-arrière a de la mémoire, écrit Saint Brieuc, la Bretagne, Saint-Nicolas du Pelem des morts de la guerre. Tonton Louis est le nôtre ou presque. L’auteur écrit, réunit les critures, fait mieux que Lagarde et plus fort que la miche, il est l’écriture comme Saint-Brieuc est une baie littéraire baignée de tant de rivières (désormais des égouts, bon, ça c’est pour l’antépénultième chapitre) !

Pas du Proust ! Du prout ! Lisier, phyto, glypho, le cul du porc en batterie tue le cousin sanglier sans battue.

Ça chie, ça pue, ça décolle ! Prigent est un séisme littéraire ! Une boîte de Pandore et d’écriture ! Rabelais ! Oui ! Céline, Louis Ferdinand, oui ! Rimb, oui ! Jarry, oui ! Toutes les bandes à pouët-pouët dézinguées net et en place de grève ! La grève est générale ! Arrête ton Char René et René-Guy-Bébé-Cadum en prennent pour leur grade ! Casse boîte généralisé ! Casse pattes sans se forcer, toute icône est conne et y passe, même Guillevic arrangé au Carnac des carnages ! Pas de tabou pour Prigent ! Seul Ponge est sauf et l’on comprend pourquoi, Prigent a visité son jardin ! CQFD, Prigent ne respecte pas rien. Il disrupte ! Il transpire, il rouscaille et pète, il est l’anar de sévices qui à Saint-Brieuc déchausse ses chaussons (Avec gwerziou originales ou chanson in petto de cirque et de constance)!

Regardez la baie comme elle lui va. Remontez la falaise. Marchez au Roselier. Vous reconnaitrez au caillou près, au four à boulets près, au panneau de grillage (POESIE ? LA HAINE !), la colère des flots qui montent d’en bas, les coques l’ouvrent et descend d’en haut, les briochins aboivent comme des chiens !

Merci. À la prochaine, Chino !

Gilles CERVERA

Christian Prigent, Chino au jardin, aux éditions POL – 21€

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