Bernadette Pecassou est au pays bigourdan ce que Claude Michelet est à la Corrèze : elle raconte les valeurs fondamentales du terroir sans lesquelles il n’y a pas de civilisation. Son nouveau livre, Le bûcher des certitudes, s’impose par la flamme intérieure qui l’anime.
Afin d’asseoir son pouvoir, le bon roi Henri IV dépêche un émissaire pour éradiquer la sorcellerie des terres labourdines où les rites païens fourmillent. Nous sommes en 1609. Sur fond de lutte entre la France et l’Espagne, le représentant de la Couronne fait régner une terreur sans précédent pour inciter à la délation. Son nom ? Pierre de Lancre, magistrat français né à Bordeaux en 1553, aujourd’hui célèbre pour avoir participé à une redoutable chasse aux sorcières dans le Labourd du Pays basque.
Bernadette Pecassou joue avec la destinée de ses personnages de la même façon qu’un ménestrel jongle avec ses oranges. Elle développe moult aventures qui se croisent et s’entrecroisent au sein de la grande Histoire ; racontant par le menu comment Pierre de Lance torture et brûle sur le bûcher des femmes injustement accusées de sorcellerie, comment il imagine purifier leurs âmes perverties et débarrasser le pays du mal qui le ronge, mais aussi comment ce pauvre Henri IV n’avait pas prévu que son bien-dévoué lui échapperait, puisque, tout à l’inverse des souhaits royaux, Pierre de Lancre sèmera la terreur et l’anarchie sur son passage.
On se souviendra des précédents livres de Bernadette Pecassou… Lorsque, dans La Belle Chocolatière, elle raconte la magnifique ville de Lourdes à travers différents portraits : d’abord celui d’une jeune femme belle et riche, puis, au fil de l’histoire, ceux de sa camériste, de sa couturière, sa lingère… Lorsque, dans L’impératrice des roses, elle conte les aventures d’une enfant miséreuse, alors que son incroyable destin la révèlera plus tard à la haute société parisienne… Également lorsque sa merveilleuse Passagère du France nous fait découvrir le plus beau paquebot du monde à travers une existence secouée par un drame éclot du fond des cales… Ce sont chaque fois des portraits féminins uniques et enviables, y compris dans Le Bûcher des certitudes où Bernadette Pecassou évoque la terre rude du Labourd désertée par les hommes partis en mer, s’y entrecroisent les destins de quatre femmes remarquables : Amalia, la guérisseuse au cœur pur ; Murgui, une adolescente à la beauté diablesse éprise d’un jeune charbonnier ; Graciane, la marguillière de l’église ; et Lina, prête à tout pour fuir la pauvreté.
Le Bûcher des certitudes renvoie aux intriques monarchiques de Jean-François Parot… Plus loin, voici venir la merveilleuse emphase de Ken Follet… Ailleurs, ces sont les ambiances atrabilaires de Roberto Eco… Page suivante, Jean-Claude Carrière nous revient en mémoire comme une instinctive réminiscence… Autant de têtes de gondole du roman historique parmi lesquelles manquait une femme : Bernadette Pecassou est désormais là. Ce sont aussi des ambiances cinématographiques. Citons le film Erendira réalisé par Ruy Guerra ; même si l’histoire et l’époque n’ont rien à voir, l’atmosphère insolite et singulière est toutefois bel et bien présente parmi ces hommes qui imaginent les femmes souffre-douleur ad-vitam.
Le Bûcher des certitudes n’est pas seulement une histoire véritable traitée par le roman, loin de là, car ce livre à la brillance du féminisme intelligent, celui qui ne se résume pas à une banale revendication de justice, mais bien plutôt à la promesse d’un monde qui pourrait être meilleur. En cela, l’écriture de Bernadette Pecassou est un véritable manuel scolaire de liberté, d’égalité et de fraternité.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juin 2021 J.E.-V. & Bretagne Actuelle
Le bûcher des certitudes, un livre de Bernadette Pecassou aux éditions Albin Michel 249 pages – 19,90 €












