Marie Sizun marque sa fidélité à la Bretagne en signant un nouveau roman ancré en Cornouaille, du côté de l’Île-Tudy (appelée l’Île dans le roman) où se trouve sa propre maison de vacances. Cette maison est au cœur d’un roman qui dévide le fil de secrets de famille.
Elle se distingue par sa discrétion et sa simplicité. Marie Sizun est pourtant une romancière confirmée, saluée par de nombreux prix. En 2018 elle a ainsi obtenu de prix de la Nouvelle de l’Académie française pour Vous n’avez pas vu Violette ? (Arléa). En 2017, c’était le prix Bretagne pour La gouvernante suédoise (Arléa). Au total aujourd’hui, à son actif, une douzaine de romans, pour la plupart déjà publiés en livres de poche. C’est dire sa notoriété et le capital de sympathie qu’elle a pu réunir autour de son œuvre.
La maison de Bretagne ravira, n’en doutons pas, ses lecteurs. Elle les embarque – sur la durée d’une semaine – dans les pas de Claire Werner (49 ans, Parisienne, employée chez Axa assurances) qui vient sur l’Île pour vendre cette maison de vacances que sa famille appelait « la maison de Bretagne ». Trois générations y ont passé des vacances ou des périodes plus ou moins longues, depuis la grand-mère Berthe jusqu’aux petits-enfants Claire et Armelle en passant par Anne-Marie et Albert, les parents (séparés) de l’héroïne du livre.
Mais ce retour dans « la maison de Bretagne » ne se passera pas comme prévu. Une découverte macabre dans l’une des pièces puis des relations de voisinage entretenues par Claire au cours de la semaine la conduiront à revoir ses plans. Car ce retour dans l’Île sera, avant tout, l’occasion de révéler au grand jour certains secrets de famille autour du personnage central, la mère de Claire.
La quête d’une mère est effet au cœur de ce roman. Mais il se fait par le truchement de la re-découverte d’une maison dont la romancière nous fait visiter les moindres recoins (avec tous les mystères qui l’environnent). « Cette maison bizarre, pas comme les autres, pas soignée. Pas belle. Différente des villas voisine ». Sur le toit de cette maison tambourinent des pluies têtues. Sur ses vitres cognent les vents hurleurs de l’Île. Le tout enveloppé par une forte odeur d’algues et par la rumeur de l’océan avant que, brusquement, un grand calme ne s’installe.
Marie Sizun nous révèle par ces multiples notations sa fine connaissance de l’Île. Aussi bien côté mer que côté rivière. Elle nous glisse dans des petites ruelles puis on s’installe avec elle à la terrasse de l’hôtel donnant sur le port. Des lieux précis sont nommés, ce qui ravira les amoureux – ils sont nombreux – de cette Île. « J’ai claqué la porte de la maison derrière moi, raconte Claire, la narratrice. Le boulevard de l’Océan était vide à cette heure matinale. J’ai traversé la rue, descendu les quelques marches de pierre. La plage s’étendait là, inchangée. Loin du monde. Et c’était déjà comme une respiration. La marée était très basse. Le sable humide et plat étincelait. Au loin, cet éblouissement vert, rectiligne, c’était la mer ». Oui, laissons-nous aussi éblouir par l’écriture limpide de nouveau roman de Marie Sizun.
Pierre TANGUY
La maison de Bretagne, Marie Sizun, Arléa, 257 pages, 20 euros.











