« Allez dire à Lydia que je suis encore vivant » de Louis Pouliquen HermineHermineHermine

On ne peut lever la tête de ce roman de Louis Pouliquen. On reste encore imprégné des images et des odeurs qu’il exhale une fois le livre refermé.

Malgré tout, on se plait à se souvenir du nombre de lignes qu’on a sauté pour découvrir en voleur de mots une fin qu’on soupçonnait à peine. Il faut dire que l’auteur nous encourage dans l’exercice avec – en fait – une seule histoire racontée 3 fois par les trois personnages principaux de l’intrigue.  Grégoire « l’arménien » toujours prisonnier malgré lui de l’URSS en 1978 après un engagement dans la LVF en 1943 pour aller combattre le bolchevisme ; Adrien, son copain parisien qui finira avocat au barreau de Paris et la belle Lydia, enceinte de Grégoire après un bel été 1943 en Bretagne.

Le conteur ? Un chirurgien (Louis Pouliquen a été médecin…) parisien qui à la fin des années 70 part en voyage bien organisé et encadré au cœur du bloc soviétique. C’est dans ce froid sibérien qu’il croise l’étrange Grégoire. Un français d’origine arménienne qui n’hésite pas à lui raconter son odyssée (son roman noir comme il le répète) pour finir par lui livrer un dernier message : allez dire à Lydia que je suis toujours vivant. La vie de cet homme va servir de fil rouge à l’auteur pour remonter le temps et partir à la recherche d’une jeune femme blonde et rayonnante aujourd’hui en âge d’être grand mère. Et c’est en Bretagne, dans le nord Finistère qu’il démarre son enquête. Delà, chaque protagoniste va partager avec un lui, ces 3 mois d’été passés sous l’occupation.

Si cette répétition des événements permet de sauter quelques lignes, elle est aussi la clé du succès du livre. On veut aller jusqu’au bout pour découvrir comment un amour absolu peut bouleverser deux familles sur trois générations.

Pour son 18ème roman, Louis Pouliquen nous entraîne dans le souffle tragique de l’Histoire, entre la seconde guerre mondiale et le bloc soviétique hermétique jusqu’en 1989. Ses personnages sont de bonne famille, bretons de cœur ou de sang, de la bonne bourgeoisie ou d’une aristocratie presque déchue, quand ce n’est pas de simple ouvrier de la banlieue parisienne, déracinés éternels. Car ce roman oppose tragiquement ceux qui ont une terre (les bretons) et qui n’ont presque pas d’histoire aux exilés (russes, arméniens…) à la recherche de nouvelles racines poussant l’exaltation jusqu’à perdre raison. Mais ce sont bien eux qui donnent au livre la hauteur épique de tout bon roman. La plume de Louis Pouliquen faisant le reste.

Hervé DEVALLAN
« Allez dire à Lydia que je suis encore vivant » de Louis Pouliquen aux éditions Coop Breizh, 322 pages, 13.90€

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Livres