Olivier Cousin : « J’ai le souvenir carnivore » HermineHermineHermine

Olivier Cousin poursuit ses « investigations poétiques sur à peu près tout et presque rien », comme il le dit lui-même, en publiant un nouveau recueil aux éditions rennaises La Part Commune.

Le poète breton – il enseigne le français dans le lycée de Lesneven – a l’art de ne pas se prendre au sérieux. Affirmant avoir toujours « des mots au fond des poches, il ajoute dans une belle formule d’autodérision : « Je suis un poète profond ». Ailleurs, s’indignant que les Chinois ou « les émirats pleins aux as/sans scrupule et peu regardants/mettent le grappin sur l’air qu’on respire », il peut annoncer « fièrement et fortement » qu’ils n’achèteront jamais son « petit poème galopin ».

Dans des poèmes toujours bien troussés, Olivier Cousin n’hésite jamais à taper là où ça fait mal. Au fond, notre époque ne lui plaît pas beaucoup. Mais, surtout, les turpitudes de la nature humaine le chagrinent. « Sous toutes les latitudes, l’homme demeure un triste sire ». Le poète s’élève donc, volontiers, contre « la bêtise radicale ». Et quand sa fille de dix ans lui demande « quand viendra le temps/de l’homo sapiens sapiens sapiens », on le sent bien désabusé. « Tous frères, vous voulez rire ? », lance-t-il encore. « La fraternité est la naïveté la mieux partagée ».

Poète de son temps, il pointe aussi du doigt les contemporaines anomalies climatiques. « Quel regard dois-je accorder/aux trois primevères du 27 décembre », s’interroge-t-il en parcourant son jardin. Plus loin, il ne peut retenir sa colère : « Les cons, ils ont ratiboisé/trois chênes/au bout de l’allée » (et  alors vous vient à l’esprit ce haïku du Japonais Kikaku : « Quel est le con/qui a pissé/sur cette neige fraîche ? »).

Mais gardons-nous bien de ne voir que de  l’amertume dans la poésie d’Olivier Cousin. Bien sûr il fustige aussi le tourisme de masse quand il se rend en Grèce, en Grande-Bretagne, en Belgique ou en Egypte, avec tous ces hôtels « aseptisés » et « climatisés ». Mais ce monde abordé par la face nord (réfrigérante et angoissante) ne doit pas faire oublier un arrière-pays fait de chaleur et de bienveillance quand il parle de ses proches ou de sa famille, et surtout quand il évoque son territoire d’enfance. « J’ai sept ans/et je ne sais pas qu’être enfant/m’ouvre des droits particuliers ». Quels droits ? « Ces droits à la candeur/que la vie m’offre encore ».

C’est la nostalgie de cette innocence qui transpire dans ce recueil et qu’il oppose à un monde factice et seulement guidé par des intérêts particuliers. « Les courses folles remplissent/les poumons de courage », affirme le poète se souvenant des « billes toute craquelées », de la « cueillette des mûres » ou des « ricochets sur l’eau ». Mais comment, après avoir vu s’envoler son enfance, laisser s’envoler ses propres enfants ? Sous le poète, perce toujours le père. Avec ses élans du cœur et aussi ses angoisses.

Pierre TANGUY
J’ai le souvenir carnivore d’Olivier Cousin aux éditions La Part Commune, 105 pages, 14 euros

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