Louis Bertholom : « Le rivage du cidre » HermineHermineHermineHermine

« On ne meurt que de l’oubli de l’enfance ». Louis Bertholom (né en 1955), fils de paysans,  ravive, en prose et en vers, le souvenir de ses jeunes années passées entre vergers, école et cour de ferme. C’est son bien nommé « Rivage du cidre » en pays fouesnantais. A déguster sans modération.

« Le cidre de Fouesnant est pour moi un rivage de l’esprit tout autant que la situation géographique en zone littorale de son terroir. Le rivage intérieur de couleur ambrée n’est autre que la métaphore de mes jeunes années ». Si l’auteur nous dit tout – avec un luxe de détails – sur la fabrication du cidre (du ramassage des pommes à la mise en bouteille du précieux nectar), il y a avant tout dans ce livre l’évocation d’un univers. De ce que l’on pourrait appeler une civilisation du cidre. Ce microcosme cornouaillais adossé à la mer devient, en effet, grâce à la verve de Louis Bertholom, un monde empli de prodiges où le moindre geste, le moindre regard posé sur les hommes, les bêtes ou les plantes, prennent valeur d’éternité. C’est la propre des poètes de savoir l’exprimer.

« La ferme m’enseignait candeur et connivence. J’ai grandi parmi des gestes lents, robustes, où s’affirmaient la fatigue, la lassitude et règnait le cidre, grande perfusion des campagnes éreintées ». L’auteur nous parle du cidre, mais aussi du battage, du grenier, des lavandières des bords de routes, de « Marie Mousterlin », de Mathurin « vieux marin rusé », ou encore de ses frasques d’enfant et d’ado. Jeunesse plutôt heureuse à l’écoute des voix du temps, de la rumeur s’échappant du bocage (plus que de la mer pourtant toute proche).

Elles s’appellent C’hwerv rouz, Sac’h biniou, Rouz koumoul, Dous-glas bihan…

Dans ce pays fouesnantais on parle breton mais on mélange aussi, volontiers, breton et français (nous sommes dans les années 1960). Les variétés de pommes à cidre portent le terroir breton dans leurs gènes. Elles s’appellent C’hwerv rouz, Sac’h biniou, Rouz koumoul, Dous-glas bihan… Musique des mots, bruits de la terre qui résonnent aux oreilles du jeune Louis. « Là était ma véritable religion aux cantiques de vents, aux paroles de pollens et aux douces offrandes des baies, dans les métaphores les plus floues des communions sauvages ».

Dans ce livre comme dans d’autres, Louis Bertholom ne donne jamais dans la sobriété. Il est du côté de l’ivresse. C’est sa marque de fabrique. Ivresse des mots avant tout. Ecriture fleurie, enluminée, foisonnante et baroque, associant volontiers abstraction et notations les plus concrètes. « Une mythologie intime, secrète/se forgeait en odeurs inaltérables/dans le monde fractal/de ces errances bucoliques, sereines ».

« J’ai des pépins dans mes gènes », nous dit Louis Bertholom. Et comment ne pas à nouveau saluer le poète quand il écrit ces mots admirables : « Je blesse une étoile quand j’écrase une pomme ». Des mots qui  nous renvoient à ce haïku du poète japonais Issa : « Tuant une mouche/j’ai blessé/une fleur »

Pierre TANGUY
Le rivage du cidre, Louis Bertholom, Editions des Montagnes noires, 180 pages, 14 euros. Avec des dessins de Claude Huart. Ce livre est une édition augmentée du livre paru en 2003 aux éditions Blanc Silex.

Louis Bertholom publie également en juillet 2018 un nouveau recueil poétique,  L’enfant des brumes, un dialogue sans concession entre un infirmier psychiatrique et son patient schizophrène en proie avec ses délires (Editions Rafaël de Surtis).

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