Voici un livre inclassable. Son titre est "Borderland ou la mouvance des marges". L’auteur de Borderland n’est pas borderline, il est connu. Une biblio longue comme le bras, Prix Médicis étranger, Prix Alfred de Vigny, Prix Alain Bosquet et, last but not the least, Prix Bretagne ! Kenneth White les a plus que mérités !
Borderland paraît chez Vagamundo dans une nouvelle collection intitulée Improbable dirigée par Laurent Brunet. Ce livre est une mondolivre plus qu’un livre monde. Une géopoétique quantique où l’Armorique est un point de diffraction pour une caucaserie souvent cocasse, parfois savante, enjouée toujours et singulièrement cosmogéniale !
Kenneth White écrit entre Pascal Quignard et Lawrence Durell. Il écrit entre Pline et Démocrite, Ronsard et Du Bellay. White a des milliers de mondes et des centaines de milliers de mythologies en tête qu’il ajuste, étire, défonce et déforme. Il le dit entre parenthèses : « (comme souvent, je projette aussi peut-être un peu…) ». Continuez de projeter, de boursouffler, d’extrapoler M White. Continuez de marcher « sur la grève », de songer entre Elseneur et « le chemin des pies ». Vos « spéculations cosmopoétiques » touchent à des rives d’au-delà des rives et à des rêves d’au-delà des rêves.
Dans une autre parenthèse: « (cela fait du bien de déconner de temps en temps) ». Le livre est aussi foutraque que le monde d’avant et celui de maintenant superposés à celui d’après !
Promenade armoricaine, donc baroque donc shakespearienne. Elle est un ouroboros qui tresse sans stress plusieurs anneaux borroméens. La poétique de Kenneth White apprend du voisinage, ici nommé, postier, couvreur ou secrétaire de mairie. Il nous fait déguster ses boudeuses bouddhiques, huitres décroissantes de l’Aber-Wrac’h et, bien entendu, l’auteur qui a mis son lecteur cul par-dessus tête se retrouve, quant à lui, à l’endroit, chantant en fin de repas Théodore Botrel avec un verre de trop et déclamant le bossu Bitor, alias Tristan, quitté la veille.
White est notre compagnon de route bleue depuis longtemps. Délirant poète, c’est à dire déroutant, hors des lires – qui sont des sillons et non des routines dont il livre un éloge kantien ! Dormeur du val éveillé à l’instar d’un livre qui marche de biais et qu’on ne rattrape jamais.
Lire White immerge dans le cosmique et le comique. Constantinople ou les astres, Les Vénètes de Vénétie et le Code Paysan, ici cités ! Lire Borderland, expose aux territoires inconnus, aux rives, aux bordures. C’est un livre anar ou situationniste. On n’a pas dit qu’on y croise Buffon, Céline (çà !), Lénine ou Marx, les sept saints qui inventent le Tro Breizh, le gwenn-ha-du et le comment du pourquoi de son noir et de son blanc. White is’nt black, ni le drapeau d’Armorique ! On n’a pas dit non plus que le livre donne soif, le jour se lève après la nuit de chemins et de mots, comme une conversation avec un ami.
On n’a pas dit que le panthéisme joyeux du poète donne à voir une théorie de soi et du monde, bref un pandémonium jubilatoire !
Par un yogi de Bassan décuplé d’un Fou que ses ailes de géant n’empêchent pas d’écrire !
Gilles Cervera
Borderland ou la mouvance des marges de Kenneth White aux éditions Vagamundo – 15€











