Le « cavalier seul » de Mérédith Le Dez HermineHermineHermine

Le « Cavalier seul » de Mérédith Le Dez  est le livre d’une femme à l’écoute (à l’épreuve ?) du temps qui passe inexorablement. Pour l’auteur, qui vit à Saint-Brieuc, il ne s’agit pas ici de cultiver une quelconque nostalgie mais bien plus de s’armer pour les années à venir en s’appuyant sur un passé fait, sans doute, de beaucoup de belles et bonnes choses. « Je vais moins vite et moins loin/que je ne suis allée/mais l’horizon toujours je creuse/dans la marche avec le sac/sur le dos ».

Si le temps passe, si « le cheval des heures enfuies » galope sans ménagement ou « trotte » dans sa tête,  une forme de solitude s’installe en parallèle. « Je fais cavalier seul/désormais/dans l’horizon indifférencié ». Ce « cavalier seul », qui est le titre du troisième chapitre du livre, donne aussi son titre à ce recueil introduit par un émouvant coup d’œil dans le rétroviseur sous le titre « Souviens-moi ». Une femme parle par  bribes –  à coups de fines sensations – de ce qu’elle a vécu et ressenti à des moments de sa vie. Ainsi nous parle-t-elle « des pluies fades/et du vent mou/qui aiguisent le chagrin ». Ailleurs « de l’huître ouverte/dans un ciel d’écailles ». Autant de vives notations qui fleurent bon un pays de connaissance. Mais, dans ce « Souviens-moi », c’est d’abord une femme qui nous parle. De son corps. De ses émois. « Souviens-moi/d’une cadence/de hanche étroite » (…) «  Souviens-moi/de la houle au ventre » (…) Souviens-moi/avec l’âge qui avance/inexorable et patient ».

Mérédith Le Dez a obtenu en 2017, pour ce recueil, le prix de poésie Vénus Khoury Ghata (du nom de la célèbre écrivaine française d’origine libanaise). Prix qualifié, par ses initiateurs, de « poésie au féminin ». La tonalité générale du livre atteste, en effet, ce regard de femme sur la vie mais aussi cette empathie pour la cause des femmes qu’embrasse Mérédith Le Dez dans le chapitre 2 intitulé « Fierté contre le temps ».

L’auteur quitte alors son monologue intime pour parler de résistance. « Résistance. Nom féminin », écrit-elle. « Je l’affirme en pleine conscience, j’appartiens à cette moitié de l’humanité qui depuis toujours est sous domination de l’autre ». Aussi fustige-t-elle, au passage, ces « hommes/prophètes/de portes cochères/à la petite semelle/à la cervelle trouée » qui tentent d’imposer leurs lois avec « leurs yeux avides/mangés mangeurs/de vase et de versets ». Pour autant, affirme Mérédith Le Dez, « la vérité n’a pas de sexe ». Sa résistance à elle est « une parole libre et créatrice de femme fière ».

Pierre Tanguy

Cavalier seul, Mérédith Le Dez, avec des encres de Floriane Fagot, éditions Mazette, 100 pages, 10 euros.
Mérédith Le Dez vient de publier un très beau roman intitulé Le cœur mendiant aux éditions La Part Commune, 221 pages, 17 euros.                                  

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