Avec « Mambo Punk », Antoine Minne et Zebra commencent à se parler. Plus de platines ou de bagad derrière lesquels se cacher. Juste l’envie de faire revivre ces années de fêtes où tout était possible. Sans nostalgie. Il est vrai que dans son dernier album, l’énergie rennaise, celle de Billy ze Kick avec ses chroniques sociales, n’est jamais loin. Un seul mot d’ordre : « si ça ne marche pas, on le fait quand même ! ». Pour Bretagne Actuelle, le picardo-breton parigot revient sur ses deux années avec le Bagad de Karaez, nous parle des secrets de fabrication de son disque et de ses projets radio. Il est loin le temps du DJ ! 


Au-delà des zébrures, la pochette de votre album est très sexy. Quel est le message ?
Zebra
 : C’est un rituel vaudou. Le zèbre ne m’intéresse pas. C’est un animal peureux qui a un cri ridicule, c’est de la bouffe pour lions comme dans « Madagascar ». Je me sens plus proche du lion sur ce coup là ! Pendant que j’enregistrais l’album, je testais différentes choses avec de la peinture. Après plusieurs essais sur papier, je me suis zébré la figure et j’ai montré ça à Christophe Crénel, animateur radio connu et maintenant photographe qui m’a dit qu’il fallait faire la pochette comme ça ! Le clip de « Peau de Zèbre » est alors parti dans la même direction. Au final, la pochette de l’album est extrait du clip où à un moment je zèbre Louise Deville qui est une Dragking dans la vie, elle se déguise en homme, c’est une comédienne. Je voulais une femme pour lui zébrer le corps. Et là, elle a une pose magnifique, très animale. Ça symbolise bien le côté « Mambo Punk ». Punk pour le côté brutal, bestial et Mambo pour le côté très sexy. C’est la meilleure expression possible pour le concept de l’album.

Au fil du temps DJ Zebra est devenu Zebra, pourquoi ?
Le précédent album avec le Bagad de Karaez aurait déjà dû sortir sous le nom de Zebra. En Bretagne, ça a été compris comme une association avec le Bagad alors que j’ai fait 90% de l’album. J’ai tout écrit. Le Bagad était juste interprète, même si ce sont eux qui m’ont inspiré. Ils étaient davantage accompagnateur qu’une vraie association. Mais, c’est aussi parce qu’ils étaient là que ça a marché en Bretagne. En revanche, pour « Mambo Punk », je suis tout nu. Je ne me cache plus derrière des platines ou un Bagad.

Et vous semblez avoir gagné un groupe ?
Ils étaient déjà sur le dernier album ! Avec Stéphane (Trombone) et Nicolas (Trompette), ça fait 7 ans qu’on joue ensemble. Stéphane tournait avec Bénabar, c’est comme ça que je l’ai connu. Ensuite on a pu le croiser avec Dionysos et Olivia Ruiz. Nicolas lui, a joué plus de 6 an avec Cali et la moitié du temps il joue avec l’Opéra de Paris ! Bref, à l’époque, on faisait des DJ Zebra live. On a aussi monté un groupe de rock en 2008, les Zebra Hogg & Horms avec le chanteur anglais Tom Hogg. Mais on n’a rien sorti. Bref, on a tenté plein de trucs y compris des musiques de films pour la télé, « Piégé » et « Les enfants du nouveau monde ». Je considère que « Manbo Punk », c’est mon quatrième album, mais c’est le premier où je suis vraiment chanteur.

Pourquoi « Mambo Punk » comme nom d’album ?
En écoutant « Fête à la maison », la dernière chanson de l’album, Christophe Crénel me dit : « On dirait du Mambo punk ! ». Et c’est devenu le nom du disque ! J’ai même pensé à un moment que le groupe s’appellerait « Mambo Punk ! Mais force est de constater que la seule chanson qui est mambo punk, c’est « Fête à la maison » avec beaucoup de cuivre (Mambo) et beaucoup de guitares (Punk).

Que reste-t-il du projet avec le Bagad de Karaez ? Vous êtes prêt à recommencer l’expérience ?
C’est fini, non pas que je n’ai pas envi, mais c’était lourd à gérer. On était 25 sur scène en moyenne. Je suis assez surpris que ça ait duré deux ans. Le Bagad de Karaez est une école de musique, ce ne sont pas des professionnels, je n’avais jamais les même musiciens. Parfois, ils amenaient du renfort d’autres bagadou. Une fois j’ai même eu le Lann-Bihoué quasiment en entier avec moi !  L’avantage, c’est que dans la musique bretonne, ils s’entraident. A contrario, le résultat est inégal. Sur scène, on a fait du très bon comme du très mauvais. Et on ne pouvait pas tourner tout le temps. Ce sont des jeunes, à l’approche du Bac, la moitié du Bagad est en examen. On a fait ce qu’on pouvait, mais voilà. On a fait un bel album, j’en suis très fier, mais on ne pouvait pas aller plus loin.

Et comment s’est déroulé le processus créatif ?
J’ai composé pour eux. Je trouvais d’abord les thèmes du Bagad et ensuite j’assemblais une chanson. La moitié de l’album est fait comme ça : avec des bouts de phrases. Sur 11 titres, il y a 4 chansons, c’est tout. Le reste ce sont des assemblages. Il y a 3 instrumentaux dont la reprise « Right here right now » qui tient toute seule.

Et côté live ?
On a fait 30 concerts en 2 ans. Des grosses scènes, on était tête d’affiche à chaque fois en Bretagne devant 6 à 7000 personnes en moyenne ! Pour « Mambo Punk », la Bretagne ne sera plus derrière moi, on va réattaquer les petites salles. Il faut ré-apprivoiser les gens, car là on est dans la chanson rock à texte.

Du coup, la promo va être différente ?
Effectivement, je suis dans la catégorie chanson française. Je peux intéresser France Inter. D’autant qu’aujourd’hui il n’y a plus de chansons rock à texte. C’est le complexe de Noir Désir, très sombre, influence Bashung, Dominique A, etc. ça m’a plu pendant des années. Mais le rock alternatif que j’écoutais quand j’étai gamin, c’était les Négresses Vertes, Rita Mitsouko, Les Wampas… C’était drôle et percutant. Il y avait des chansons qui tournaient. Je me disais, c’est ma vie qu’ils racontent. La génération d’avant avait eu Téléphone et Starshooter. Et même Eddy Mitchell… En les réécoutant je comprends que ça ait bousculé pleins de gens. J’avais envi de retrouver ce rock urgent, ces chroniques sociales. Un peu comme dans Billy Ze Kick avec « Mangez-moi » et « OCB ». C’est ce que j’ai cherché à faire dans les titres « Du sang sur les murs » et « Choisi ton camp camarade ».

Vous composez ou vous écrivez d’abord ?
Les deux viennent en même temps. Généralement sous la douche… Cet album est très « douche » (rire). L’album précédent était très vélo !! (nouveaux rires) Ici c’est très sensuel, dans les rythmes notamment. Pour les idées, c’est autre chose, je ne sais pas d’où ça vient. Je suis tout le temps en mode réceptif. Elles arrivent, on ne sait pas d’où, c’est assez mystique. Côté message, j’ai voulu raconter la mutation entre le DJ que j’étais et que je ne suis plus. Le titre « J’étais un voleur » raconte ça. Et puis il y a deux reprises, celle de Miossec (« Chanson sympathique ») et des Rita Mitsouko (« Someone to love ») qui marquent mes références pour qu’on me situe bien.

Vous revenez un peu sur le territoire de votre premier groupe Billy ze Kick ?
Non, c’est juste l’envie de faire revivre cet esprit sans aucune nostalgie, en se disant que c’est encore possible de retrouver une vitalité, une insouciance et surtout une absence de réflexion médiatique. De se dire : si ça ne marche pas, on le fait quand même.

Et pourquoi avoir lâché la bande FM pour venir travailler sur une Web radio, la Grosse Radio Rock ?
C’est un acte de résistance. En 11 ans de FM nationales (Ouï FM, France Inter, Virgin Radio, Le Mouv et à nouveau Ouï FM puis Virgin Radio), j’ai senti que c’était la fin d’un truc, le remix rock libre et bootleg. Et plus que ça, la fin d’une vraie programmation indépendante. Actuellement, je pense qu’il n’y a plus aucune FM ayant une émission spécialisée. Un gars qui passe ce qu’il veut sur une antenne nationale, il faut chercher ! Par résistance, j’ai contacté la Grosse Radio en leur proposant un nouveau concept : la tournée. Je suis tout le temps dehors et j’ai envie que la radio se passe dehors. Je trouve navrant que la plupart des émissions se fasse dans un cadre promotionnel avec des artistes qui expliquent dans un cadre feutré qu’ils sont contents de faire un disque. Mais on s’en branle totalement ! Vas y, raconte ta vie en tournée, c’est mieux ! C’est ce que je fais avec les moyens du bord. Mon but est de revenir sur la FM un peu plus tard avec des vrais moyens et voyager dans le tour bus des musiciens, accéder aux coulisses des concerts et pas forcément interviewer les vedettes, mais ceux qui font le spectacle. Là, c’est militant et engagé car c’est la vie des gens qui font le spectacle en France. Avec le mouvement des Intermittents du spectacle, on a expliqué leurs revendications, mais par leur métier.

Vous vivez de votre musique ?
Je fais de la musique à perte depuis deux ans. Je ne vais pas pleurer, mais c’est assez navrant de se dire qu’on fait tous ça par passion et qu’économiquement on n’est très peu à s’en sortir. La musique n’est plus représentée dans les médias TV et presse. Quatre-vingt pour cent des gens du spectacle sont bénévoles ! Y compris chez les musiciens. Il y 5 millions de musiciens amateurs en France et on ne parle jamais de leur vie, celles des chorales, des bagadou, des orchestres, etc.
Tant que j’étais DJ Zebra, tout seul, ça allait avec les concerts et la radio. Mais dès que j’ai voulu créer des emplois, rémunérer les musiciens, payer le studio…. dès que j’ai fait vivre pleins de gens, j’ai moi-même vécu à perte. Je vis sur mes arriérés. Je ne suis pas à la rue non plus ! Sur « Mambo Punk », je pense que je vais perdre entre 15 000 et 20 000 €. J’ai choisi un bon studio, un bon mastering, j’ai payé tout le monde… J’ai été réglo du début à la fin. Et je trouve ça important. C’est bien d’avoir une bande de pote, mais c’est bien de les récompenser aussi.

La Bretagne peut-elle être un tremplin pour « Mambo Punk » ?
Non. La Bretagne prendra que s’ils m’aiment bien. C’est entièrement affectif. Je ne suis pas breton, je suis picardo-breton parigot. Ça fait 16 ans que je vis à Paris ; je n’ai vécu que 8 ans à Rennes. Et finalement, je me sens davantage breton que parisien. C’est étrange. Je suis supporter du stade rennais. Ils sont capables de fulgurance. C’est très rock’n’roll finalement. J’aime bien les artistes qui savent se planter. C’est attachant. C’est pour ça que j’aime bien Miossec. Aujourd’hui une artiste comme Christine and the Queen ne prendra pas le risque de se planter. J’aime bien ce qu’elle fait, mais je préfère ceux qui frôlent l’accident. Pour les DJ c’est pareil !

Vous avez sorti des disques de l’époque des mashup ?
J’ai tenté. Quand Zebra Mix est devenu assez gros, en 2006, qu’on a blindé le Bataclan et que Ouï FM en faisait des caisses sur l’émission. Les maisons de disque se sont dit qu’il fallait faire quelque chose. NRJ voulait sortir une compil de Bootleg avec Loo & Placido qui était résident chez eux. Atmosphérique voulait faire de même avec mes trucs. Et là ils se sont heurtés à un casse tête juridique. Par exemple Téléphone. EMI m’a aidé à cette époque. Ils voulaient même sortir un coffret 3 CD des 25 ans de Téléphone avec le 3ème CD uniquement composé de Bootleg. Ils m’on filé toutes les pistes séparées. De là ils demandent les autorisations et c’est Corine la bassiste qui a dit non. Bref, quand c’est pas l’éditeur, c’est un interprète qui bloque. C’est ainsi que Mickey 3D était OK, mais son label ne voulait pas. C’est comme çà qu’il a appris qu’il n’était pas maître de ses chansons ! Finalement ce n’est pas plus mal, ça reste un graffiti, subversif, ultra punk.

Paris est un passage obligé dans la musique?
Pour l’accès aux médias, oui. En Bretagne, j’aurais dû trouver un job à côté. Il n’y a pas assez d’ambition non plus. A Paris il y a une telle compétition qu’il faut être plus fort que l’autre. Et là on parle du monde entier. En revanche, certains groupes rennais et brestois sont davantage tournés vers Londres que Paris. Au moins pour s’inspirer et s’approvisionner. Bon, je remarque quand même qu’on retient davantage Marquis de Sade qu’Asphalt Jungle ! Moi, mon tourneur est à Angers, mon attaché de Presse est à Toulouse. Ça fait du bien, ils sont plus ouverts. « Mambo Punk » est un album de plouc, surtout pas un album branché.  

Propos recueillis par Hervé Devallan
Site de Zebra  
Chronique de « Mambo Punk » 


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