Philippe Morel est passé de la pizza à la galette sans aucun remords. Depuis 26 ans, il s’impose comme le disquaire que l’on doit absolument visiter. Franchir l’Odet est devenu un plaisir qu’on ne se refuse plus.

Ty pour maison en breton. Blurt comme le groupe éponyme de post punk anglais, formation fétiche du propriétaire. On est donc ici dans la demeure de Blurt. Ou plus exactement, dans l’antre de Philippe Morel, maître des lieux depuis 2000. Cette année-là, Ty Blurt Records démarre ce qui allait devenir une adresse incontournable, non seulement à Quimper, mais dans toute la Bretagne.

Installé au 7 de la rue Sainte Catherine jusqu’en 2019, Ty Blurt est aujourd’hui au 16 de la même rue. Presque en face. « Un déménagement à l’emprunte carbone nulle ! J’ai déménagé tous les disques à la main ! Mais maintenant, je suis propriétaire. Et puis, tout est plus propre. J’ai mis un coup de peinture, fabriqué de nouveaux meubles, et voilà ! »  La vraie nouveauté, demeurant la réserve à l’arrière « pleine de bordel ». On n’ira pas jusqu’à dire que la boutique est le parangon du rangement, mais on devine aisément l’état de la réserve !

La boutique et Philippe ne font qu’un. On peine à imaginer qu’avant cela il fut pizzaïolo en région parisienne. « A la base, je suis pâtissier, chocolatier, glacier diplômé de Ferrandi. Quand je suis revenu en Bretagne, mon objectif était de monter une sandwicherie haut de gamme, un peu classe avec des tartes salées, des tartes aux légumes, etc. Il fallait que je déniche un local, un boulanger… Je n’ai pas trouvé. Alors vu que personne ne faisait de disques à ce moment-là, et que je traînais avec des disquaires depuis toujours, j’ai mis la main sur un petit local où j’ai déballé une partie de ma collection. »

« Il m’a éduqué dans la musique, le père Popeye »

Le virus de la galette remonte donc à ses années parisiennes. « Je suis tombé un jour chez Popeye, Pop Music à Versailles. (cf Vinyle & Audio N°32) Le jour où j’ai poussé la porte de sa boutique ça a été la révélation. Il écoutait Dashiell Hedayat. C’est le premier disque que j’ai acheté chez lui. Il m’a éduqué dans la musique, le père Popeye. »

De quoi transformer Philippe en un collectionneur averti et éclectique. De quoi, également, constituer un bon stock pour sa future boutique.

Ty Blurt est naturellement un disquaire généraliste où seconde main et disques neufs font bon ménage. « L’occasion pour équilibrer les finances et les petits labels pour me faire plaisir. L’un dans l’autre, on devine un net penchant pour le punk, le garage et le rock. « En ce moment, j’ai un mec qui ramène plein d’indus, pleins de trucs bizarre. Car, c’est vrai que j’ai des clients qui achètent des trucs très pointus. Et quand ça déborde chez eux, ils m’en ramènent pour prendre un peu de sous et repartir avec des disques… Ce qui fait qu’au bout de 26 ans, je sais plus où les mettre ! C’est vraiment le bordel, il y en a partout. D’où l’intérêt de la réserve. » On l’aura compris. « Dans l’ensemble, les gens adorent mon bordel. Un magasin trop bien rangé, c’est louche. Alors que là, on se dit, qu’on va sûrement trouver une petite pépite. » Ce qui n’est pas faux. Comment les dénicher ? « Je les mets hors de portée. J’attends de discuter avec le client et là je lui sort des trucs. J’ai des cartons magiques. Il ne faut pas que tout soit tout cru, parce qu’à la limite, ils vont voir un disque à 100 euros, ils vont se dire, que c’est trop cher. »

Cette impression de découvrir une boutique d’un autre temps est confortée par une autre réalité : Philippe ne vend aucun disque sur internet. « Je n’ai pas envie de commentaires à la con. Tu viens au magasin et là tu vois des tas des trucs. » Ali Baba n’aurait pas dit mieux.

Hervé DEVALLAN

Ty Blurt Records
16 rue Saint-Catherine, 29000 Quimper.
Tél. : 02 21 33 19 03

La Bretagne des disquaires

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