Le thème de la filiation abonde dans les romans ou dans les livres de sociologie. Mais qu’un poète s’empare du sujet et nous voilà transportés vers d’autres horizons. Avec Thierry Le Pennec on n’est jamais déçu. Il donne toujours une enveloppe charnelle à tout ce qu’il écrit et le témoignage de la relation avec son fils est là, une nouvelle fois, pour l’attester.
Né en 1955, Thierry Le Pennec a été arboriculteur dans les Côtes d’Armor. Il l’a raconté dans son recueil Un tour au verger (La Part Commune, 2018), verger où l’auteur faisait « entrer le monde entier » comme l’a si justement dit Paol Keineg dans la préface de ce livre. En nous parlant cette fois de son fils, Thierry Le Pennec fait du cas particulier de cette relation un phénomène universel où chaque père pourra retrouver l’attachement à son enfant, le plaisir d’être ensemble, mais toujours dans la perspective du moment redouté de la séparation.
Le père et le fils, ici, parlent le même langage. Ce sont des manuels. Des hommes avec les pieds sur terre. Nous les voyons s’ébrouer dans les travaux et les jours, parcourant des sentes humides et des champs où prospèrent l’ortie ou la ronce. Le verger est l’épicentre de cet univers. Ils sont là, tous les deux sous des cieux incertains, dans « la longue remontée des bûches de bois blanc », dans « la réparation du pont sur le ruisseau » ou « sous le harnais d’une débroussailleuse ». Car, au fond, nous lance Thierry Le Pennec, « Paysans sommes ». Ajoutant, dans une sublime notation, « et lui et moi/de l’aube au crépuscule/dans la cartographie d’une même planète ».
Brinquebalant, comme la vie
Le père-poète hume son pays mais il aime le faire avec son fils à ses côtés : « Je pense aux nuages à la pluie/sur nos têtes encapuchonnées ». Thierry Le Pennec le dit dans un langage poétique qui se moule dans les gestes qui lui sont quotidiens (« Toujours le bricolage le tâtonnement »). Rien de linéaire dans ses poèmes. Il y a des pas de côtés et des ruptures. Quelque chose de brinquebalant, comme la vie. Mais toujours de l’émotion dans des scènes croquées sur le vif. Chaque poème raconte un moment à part, une petite histoire, un instant minuscule mais tellement chargé de sens.
Le fils, un jour, part avec sa compagne. En roulotte à cheval. Il part vers l’Autriche (« Mon garçon la tête en voyage »). Alors le père a « boule à la gorge au moment de l’accolade ». Mais le père ira, là-bas, rendre visite au fils. Il en retirera un carnet de voyage « par les grands plateaux de loess, vaguement ondulés : blés, orges, pommes de terre, courges… » Un paysan poète regarde le monde. « On aura vu le vieux Vienne – chaleur continentale et palais tremblés dans la lumière ».
Quand le fils reviendra pour de bon, les voici de nouveau ensemble « au talus de chênes » avec leurs tronçonneuses. Mais cela n’a qu’un temps. « Cette fois ils partent ». Mais pas si loin que cela. Ils resteront, quoi qu’il en soit, les « compagnons de ce temps passé/ensemble et sur la terre ». Ce récit-poème de Le Pennec est poignant. Il a d’abord les accents de la sincérité.
Pierre TANGUY.
Le visage du mot : fils, Thierry Le Pennec, La Part Commune, collection La Part Poétique, 92 pages, 13,90 euros











