Suprême soviète, un livre d’Olga Schmitt HermineHermineHermine

Olga Schmitt est agent d’artistes. Née à Moscou, elle a vécu mille vies, fréquenté la scène rock, les défilés et les galeries de mode, mêlant dans son vestiaire la Russie de son enfance, le glamour hollywoodien, et une certaine idée du chic parisien.

Très marquée par son enfance et son adolescence, Olga Schmitt a grandi en Union Soviétique qui, à cette époque et vue de l’Occident, s’imaginait comme un pays très grand et redoutable, où les citoyens travaillaient dans l’ordre et la discipline, tandis que leurs dirigeants, tels des joueurs d’échecs infaillibles, tentaient de lisser les différences par un socialisme triomphant. L’approche d’Olga pour se raconter ressemble d’assez loin à cette image caricaturale, car c’est précisément l’âme russe (non pas soviétique) transmise par sa famille qui la fera échapper à l’insignifiance d’une jeunesse toute tracée.

Dans Suprême Soviète, le lecteur voit affleurer puis saillir les grandes permanences d’une vie. Ce n’est d’ailleurs pas tant une histoire, ni même une autobiographie, mais bien plutôt un recueil de souvenirs vivants et hauts en couleur dont on sort éberlué et presque incrédule. Cette Olga que chacun apprend à connaître, tant par elle-même que par ceux qui ont croisé son chemin, représente à elle seule un aspect de la société qu’elle dépeint, un peu comme si le modèle et le peintre étaient destinés à se rencontrer.

Le livre d’Olga Schmitt est à la fois une nostalgie magnifiée de l’enfance, et l’impressionnante lutte d’une femme pour prendre place dans un monde superficiel proche des frivolités de la mode, du rock, des artistes et marginaux de tout poil… Olga se donne les moyens de construire une existence. La sienne. Elle ne veut rien d’autre. La place de personne. Juste la sienne, obtenue grâce à un combat hors du commun, celui d’une femme qui a su, coûte que coûte, prendre son destin à bras le corps pour vivre enfin libre et mieux se consacrer aux autres.

Pas une ligne qui n’émeuve au fil de cette chronique émerveillée et douloureuse, découpée en bref chapitres d’une écriture simple qui va à l’essentiel. Les anecdotes abondent. Les rires éclatent. Les larmes ont l’élégance hollywoodienne des gloires d’antan. Presque une vie de cinéma que bien des scénaristes eussent pu inventer. Un personnage. Un caractère. Un destin. Victorieuse Olga ! Après vous avoir lue, on ne vous oublie pas.

Jérôme ENEZ-VRIAD

Suprême Soviète d’Olga Schmitt aux Éditions Le Pas d’Oiseau, 158 pages – 12 euros

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