Par Erwan BARGAIN

Sœur Marie-Thérèse : Ainsi soit-elle !

Après dix ans d’un silence monacal, Sœur Marie-Thérèse est de retour. La religieuse la moins catholique de la BD fait effectivement sont come-back dans un nouvel album qui devrait ravir les amateurs d’humour ravageur. Longtemps figure de proue du magazine Fluide Glacial, Maëster retrouve l’un de ses personnages fétiches et nous livre 48 pages à se tordre de rire. Car, rassurez-vous, même après une décennie de chômage technique, Sœur Marie-Thérèse n’a rien perdu de sa verve et de son franc-parler, bien au contraire. Après un prologue de deux pages qui donne le ton et revient, avec auto-dérision, sur les raisons de cette absence, l’auteur nous entraîne dans une succession de gags et de bons mots qui font mouche. L’(anti)-héroïne comparait ici devant le tribunal pour une liste de chefs d’accusation plus conséquente que la Bible et le Coran réunis et risque donc la prison. Une situation qui évidemment donne lieu à des planches irrésistibles où Maëster sort l’artillerie lourde et dézingue, avec un bonheur communicatif, tout ce qui bouge : environnement, justice, vie politique, religion…Tout le monde, ici, en prend pour son grade et c’est tant mieux. A tel point qu’au final, on prend cette résurrection de Sœur Marie-Thérèse comme une bénédiction, un signe de Dieu venant éclairer la sombre époque que nous vivons. Alléluia !

Scénario : Maëster. Dessins :  Maëster et Julien Solé. Editions Glénat. 13,90€ – Note : 5/5

Alain au pays des merveilles

« La première BD dont vous êtes le crayon ». Voilà comment les auteurs présentent Alain au pays des Merveilles, un ouvrage concept qui devrait faire un carton sous le sapin cette année. Et pour cause : cet album fait en effet appel à l’imagination du lecteur et à ses capacités artistiques pour aider les auteurs à construire l’histoire. Une idée originale qui permet de rendre chaque bd unique. Entre le livre-jeu, le livre de coloriage et le livre dont vous êtes le héros, Alain au pays des merveilles nous entraîne dans les pas d’un personnage qui débarque pour son premier jour de travail au ministère de la censure. En se perdant dans les couloirs de l’établissement, il découvre un passage qui le mène à Imagiland, le pays de la création, pays qui ne se porte pas au mieux car les habitants, les paysages, les mots sont en train de s’effacer peu à peu. Heureusement, avec l’aide du lecteur, tout pourra rentrer dans l’ordre…ou pas. Davy Mourier auteur iconoclaste de la Petite Mort et de Dieu n’aime pas papa, et Monsieur Poulpe, comédien et humoriste à l’origine des fameuses Recettes Pompettes, ont uni leur talent pour concevoir cet album pas comme les autres et qui s’impose comme un cadeau singulier pour les fêtes.

Scénario : Monsieur Poulpe et Davy Mourier. Dessins : Ariel Bittum. Editions Delcourt (collection Une case en moins). 19,99€. – Note : 4/5

Dracula

Fidèle collaborateur d’Alejandro Jodorowsky (la série Le Lama Blanc), Georges Bess nous offre aujourd’hui sa vision de Dracula de Bram Stoker. Et on ne peut que le remercier de cette initiative, cette adaptation étant une petite merveille tant d’un point de vue graphique que narratif. Inutile de résumer l’histoire du vampire le plus célèbre de la littérature et qui a déjà inspiré d’innombrable artistes depuis plus d’un siècle. Reste que, même si on connait par cœur les aventures du professeur Van Helsing et du Prince de la Nuit, on prend un réel plaisir à les redécouvrir mises en image par Bess. Dans un somptueux noir et blanc, l’auteur/dessinateur, avec son trait précis et réaliste, signe des planches à la fois éblouissantes et dynamiques qui rendent justice au roman de Stoker. Le récit, enlevé et rythmé, se veut fidèle au livre original et captive littéralement le lecteur de la première à la dernière page. Bref, voici un ouvrage fortement conseillé aux mordus de vampirisme.

Scénario :  Georges Bess d’après le roman de Bram Stoker. Dessins : Georges Bess. Editions Glénat. 25,50€. – Note : 4/5

Histoires de fantômes du Japon

Benjamin Lacombe compte parmi les illustrateurs les plus doués et les plus inspirés de sa génération. Et il le démontre une fois de plus aujourd’hui. Après avoir mis en images les contes macabres d’Edgar Allan Poe, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll ou encore Carmen, de Prosper Mérimée, l’artiste se penche aujourd’hui sur les écrits de Lafcadio Hearn. D’origine irlandaise, ce dernier s’est intéressé, à la fin du XIXe siècle, aux nombreuses histoires de fantômes que l’on retrouve dans la culture japonaise. De ces contes et légendes, l’écrivain a tiré différents recueils dont s’est inspiré Benjamin Lacombe pour ce magnifique ouvrage. Histoires d’ogres effrayants (le fantôme à la tête coupée), d’esprits frappeurs de forme animale (Le message de la mouche), de sorcières…Le lecteur est entraîné dans le monde fantastique des Yôkai et découvre des récits fascinants qui sont sublimés par les illustrations de l’artiste français. Puisant dans son imaginaire débordant mais aussi dans l’esthétique des estampes japonaises, Lacombe nous offre des œuvres de toute beauté et rend un splendide hommage au Pays du Soleil Levant.

Textes : Lafcadio Hearn. Dessins : Benjamin Lacombe. Editions Soleil (collection Métamorphose). 29,95€. – Note 5/5

Et pour les plus jeunes :

Lulu et Nelson, tome 1 : Cap sur l’Afrique

Printemps 1964, à Naples. Lucia, dix ans, vit au sein d’une troupe de cirque avec son père, Roberto, dompteur de fauves. La petite fille est très proche de Cyrus, l’un des lions de la ménagerie. Mais un jour, un terrible incendie ravage l’ensemble du cirque. Surmontant sa tristesse, Lucia échafaude un plan et décide de fuguer vers l’Afrique du Sud afin de trouver un lion. Arrivée sur place, elle va découvrir un pays ségrégationniste et violent et se lier d’amitié avec Nelson, un jeune garçon noir qui ne rêve que de liberté…Quand deux scénaristes, Charlotte Girard et Jean-Marie Omont, plus habitués à œuvrer pour le cinéma que dans le 9e art, s’associent à Aurélie Neyret, dessinatrice à succès des Carnets de Cerise, cela donne naissance à Lulu et Nelson, une nouvelle série jeunesse, sensible et intelligente, qui prend pour cadre l’Afrique du Sud sous l’Apartheid. Un décor original pour ce récit qui non seulement aborde, pour les enfants, une période de l’histoire qu’ils ne connaissent pas mais qui, en outre, défend avec force le droit à la différence et à la liberté. Ces valeurs humanistes sont ici mises en images par Aurélie Neyret dont les dessins, qui évoquent le cinéma d’animation, contribuent grandement à la réussite de cette série qui, avant de devenir un long métrage (sortie prévue en 2021), s’impose d’ores et déjà comme une réussite.

Scénario : Charlotte Girard et Jean-Marie Omont. Dessins : Aurélie Neyret. Editions Soleil (collection Métamorphose). 14,95€. – Note : 4/5

Captain Biceps

Il n’y a pas que Titeuf dans la vie de Zep, et on le sait. Et il nous le prouve une nouvelle fois, après Happy Sex, avec Captain Biceps, aujourd’hui réédité en format comics chez Glénat. Et franchement, voilà un album qui fait du bien aux zygomatiques et qui prouve à nouveau que l’humour de Zep est universel. En se jouant des codes des histoires de super-héros mais tout en laissant apparaître un vrai respect pour le genre, l’auteur nous offre une BD hilarante. Car le pauvre Captain Biceps vit une vie finalement peu enviable, entre les vacances à la plage où il passe son temps à gonfler des bouées ou à se faire réprimander sous prétexte qu’il n’a pas respecté les règles du Beach volley et la fête d’Halloween qui ne se déroule pas forcément comme prévu, Zep et Tibo s’en donnent ici à cœur joie dans cette compile des meilleures aventures d’un des super-héros les plus surprenants de l’histoire de la BD. C’est vif, c’est drôle, ça s’adresse autant aux enfants qu’à leurs parents geek et on en redemande, sachant qu’une deuxième tournée de petits pains est d’ores et déjà annoncée dans les mois à venir !

Scénario : Zep. Dessins Tebo. Editions Glénat (collection Comics). 14,95€. – Note 4/5

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