Génie du dessin ayant pris part à la création de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, Reiser a marqué de son empreinte l’histoire de la BD francophone et laisse derrière lui, en dépit de sa disparition prématurée en 1983, une œuvre dense et pertinente qui, comme nous le montre aujourd’hui cet ouvrage, faisait la part belle aux femmes et à leurs luttes.
Reiser était un homme de son temps, en phase avec son époque. Comptant parmi les membres fondateurs d’Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, il ne faisait certes pas l’unanimité, comme la plupart de ses confrères qui travaillaient pour ces deux titres, mais une chose est sûre, il ne laissait pas insensible et le regard qu’il portait sur le monde et sur ses contemporains ne manquait ni de mordant ni de lucidité. Ecologiste avant l’heure, il était aussi et surtout un féministe convaincu et défendait, avant beaucoup d’autres, à travers ses dessins, l’égalité homme/femme. Comme l’illustre cet ouvrage préfacé par Jean-Marc Parisis (auteur d’une biographie sur Reiser) et qui, intitulé L’homme qui aimait les femmes, rassemble plus de 200 planches et dessins, dont quelques inédits en album, qui abordent différents sujets de société. La liberté sexuelle, la maternité, le viol, l’avortement, les violences conjugales…Reiser, avec son humour cru, décrit sans concession le monde qui l’entoure et montre des femmes ardentes, courageuses et conquérantes qui sont l’égal des hommes. Comme il le disait lors d’un entretien avec Alain Schifres, pour le Nouvel Observateur en 1981 : « Je fais toujours des femmes de la même taille que les hommes. Rien que ça, c’est très important. C’est l’ABC du dessin politique ». Ponctué de témoignages de femmes telles Nicole Garcia, Emma de Caunes ou encore Cynthia Fleury, voilà un ouvrage qui rend un bien bel hommage à cet auteur visionnaire qu’était Reiser.
Erwan BARGAIN
Reiser : L’homme qui aimait les femmes (une histoire du féminisme) – Dessins et scénario : Reiser. Préface : Jean-Marc Parisis. Editions Glénat. 23 €.












