L’école des filles du Huelgoat ouvre à nouveau grandes ses fenêtres. La vallée enchantée rentre dedans et vice versa. Rarement une maison, architecturalement simple, pas du tout monumentale, rarement une maison n’aura à ce point confronté en Bretagne le dedans dehors et le dehors dedans.
La fenêtre est une œuvre et entre chaque baie, c’est une cimaise ! La nature est en dialogue, le vert des hêtres et le vert doux des filigranes de Valérie Guillet. Ne nous y trompons pas ! Ceci est un mirage, pardon, un tableau ! Voir le visage de Victor Segalen est ici normal. Une apparition, mais normale, au travers des papiers doux, sous la frange diaphane des lettres, c’est bel et bien le poète des stèles qui nous regarde.
Segalen est partout cette année dans l’école des filles du Huelgoat.
Segalen a posé en quelque sortes ses balises et, pour preuve, la peinture d’artiste chinois en résidence Ligang Wei et XiaoJian Yang. Résumons ce chemin ségalénien où nous passons de cette contemporanéité vers l’œuvre même que Segalen aurait contribué à calligraphier. Ce plan de haut qui montre encore le dedans et le dehors, cette cité idéale, stèle centrale vers où convergent tous les yeux !
Françoise Livinec, la galeriste hôtesse, a fait ça bien. La salle de restaurant est restaurée, belle et blanche, ouverte sur le village et la grande cour, traversante comme sans doute on traversait l’hôtel de Beg Meil, décorée par un jeune peintre hollandais à l’étude. Décor de genre, d’une Bretagne arrêtée des goémoniers, de l’horloge concarnoise et des hommes surpris, de dos, la casquette et les coiffes tournés vers le voyage.
C’est le temps qu’il fait qu’interroge cette année la belle exposition de l’école des filles. Quel temps fait-il ? Un temps de musique qui a sa salle. Ah les partitions bachiennes que chaque tableau délivre, toutes les variations y sont. Être dans cette pièce enchante les sens, puisqu’y entrent aussi le bruissement des arbres et le roulis des eaux dorées sous les chaos.
Un temps du féminin, représenté, nu ou habillé, ce sont les deux salles qui ouvrent au parcours. Vous aurez compris qu’ici je mélange tout, pour qu’il y ait plaisir là bas à reprendre le cheminement. Depuis cette salle où Colette Deblé dialogue avec Jeanne Coppel jusqu’à la salle des lavabos prise cette année, éprise même, par la peinture de Matthieu Dorval.
Les éléments s’y déchaînent, le grain menace ou l’éclaircie nous dit, tableau après tableau, qu’on a évité le pire à l’instar de la légende du Tempestaire qu’un minuscule écran rappelle. On aurait le frisson si les arbres par-dessus le toit ne nous indiquaient qu’Huelgoat est une île en forêt.
Autre forêt, de lumière et de bleu, allégorique et ouverte, celle des fleurs immenses de Ligang Wei. Des corolles comme des personnages, des stèles sans doute où la culture calligraphique du peintre apparaît. Cy Twombly est mort il y a peu qui peignait au centre même des fleurs, dans des formats immenses, Ligang Wei à sa suite peint alors qu’il était mathématicien, bravo pour le choix ! Il nous éclaire mieux que toutes les additions !
Montons à l’étage où c’est la dame de Plouha, Mona Ozouf, habituée de l’école des filles, qui pousse vers le haut, la mort donc, et ses vanités : l’excellente scénographie, qui n’a rien de morbide, nous même vivants et morts mano a mano vers la grande fresque de la chapelle Kermaria an Iskuit, reproduite ici sur des bâches immenses : les spectres dominent le pauvre regardeur! On croit rêver ! On y retrouve Ligang Wei, les grands formats de Dorval, vanités paisibles et bleues. On rêve ! L’art est un dialogue entre le lointain et le proche, le haut et le bas, l’immense et le filigrane. Tous les éléments sont ici, le vivant meurt et la mort vit. L’art est cette condition spirituelle d’aller toujours après, jusqu’au bout des confins, fût-il représentatif ou réaliste, de l’ab-straction ! Qu’est ce qu’on retire du réel ? Comme s’abstrait-on ? Même le figuratif y répond, par la représentation, donc l’ab-straction ! Quel dialogue souterrain entre s’instaure entre celui qui peint, montre et celui qui voit le montré, autre degré d’abstraction ! C’était le débat de ce dimanche 30 juin avec une historienne spécialiste de Sérusier et la présidente de la Passerelle à Brest.
Allez piocher sur le site de l’école des filles. Chaque dimanche réserve sa surprise et provoque son dialogue. Jean Rohou a inauguré le cycle estival. Il y en aura pour l’esprit et ses formes. Toutes ses formes, qui sont ici des arbres ou des roches, lesquels, méfiez vous, entrent par moment par les fenêtres de l’école et s’invitent à vos côtés : ils regardent quel temps, au-dedans de vous, il fait !
Ils vérifient, arbres et pierres, que, le ciel grisant ou se dévoilant, au Huelgoat, tout l’été le temps est au beau !
Quel temps fait-il ? Le Huelgoat. L’école des filles. Du 22 juin au 22 septembre. Entrée : 3€











