Avec Pimo & Rex, Thomas Wellmann offre une suite à l’histoire de Nika, Lotte, Blette, sa précédent bande-dessinée. Bien que ce ne soit pas les mêmes personnages, il s’agit toutefois d’une continuité esthétique au long de deux aventures indépendantes.
Pimo et Rex sont les meilleurs amis du monde. Véritables paladins de l’amour, leurs agissements frisent une abstraction temporelle entre deux époques : celle d’hier nourrie d’une maestria de nobles sentiments projetés dans un monde sans panache ressemblant au nôtre ; un peu comme si Le Quichotte s’était perdu dans l’univers de Netflix au format d’un héroïsme stimulé par quelques élans chevaleresque. Hélas ! Les forces du mal se reposent rarement. C’est sans compter sur nos deux héros jamais en panne d’inspiration.
Un lexique à part entière
Thomas Wellmann s’amuse. Il trouve prétexte à d’improbables idées nourries de références littéraires et cinématographiques ; résultat d’une double narration – celle du dessin et celle de ses personnages –, fluide et rythmée comme peu d’auteurs de bande-dessinées parviennent à le faire. Un rythme soutenu… Des péripéties hautes en couleurs… Quelques leçons de morale subliminales… On ne s’ennuie pas une seconde. Le lecteur suit les aventures ébouriffantes des personnages à travers une sorte de philosophie de l’image ponctuée de silences, de phrases mystérieuses et de personnalités attachantes.
L’erreur serait de juger ce nouvel album à l’aune des deux précédents consacrés aux tumultueuses aventures des trois amies Nika, Lotte et Blette. Il ne le faut surtout pas. D’une part, Thomas Wellmann aborde son travail sans aucune redondance ni verbiage : il ne se répète jamais ; en outre, son dessin infiniment évocateur résulte d’une phraséologie picturale étourdissante. Formes et couleurs relèvent d’un lexique à part entière. Une esthétique décomplexée, dans la tradition d’un dessin naïf proche du cartoon, aux influences ponctuées de ruptures issues d’une indéniable maitrise. Sans faille (de raisonnement) ni faute (de goût) et moins encore d’éventuelles lourdeurs ou maladresses, Pimo et Rex mérite un Ave Cesar ! pouce en l’air.
Les chapeaux de roues d’une esthétique moderne
C’est avant tout l’insouciance que l’on retient de cette lecture. Mais attention ! Pas l’insouciance de la jeunesse proche d’une coupable désinvolture. Du tout ! Plutôt celle d’une mise entre parenthèses de l’époque actuelle à travers l’ingénieuse idée de s’affranchir des codes sociétaux pour mieux les dénoncer. Thomas Wellmann sait raconter les histoires. Il signe un début sur les chapeaux de roues et conclue avec une fin déroutante particulièrement réussie. L’esprit est là ! Moderne. Plein de magie d’hier et de charme contemporain. Pimo & Rex est de ces bande-dessinées que l’on ne prête jamais par crainte de ne pouvoir les récupérer.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Août 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing
Pimo & Rexu une bande-dessinée de Thomas Wellmann aux éditions Sarbacane – 154 pages couleurs – Format 19 x 26 cm – 17,90 €











