Pagan. Le mot claque, comme la mer le fait sur les balises ou les rochers. Être de ce pays-là, païen, sauvage. Patrick Moazon y a fait son nid, sensible à la rudesse des lieux, à l’histoire qui s’y raconte en million d’années.
« Avec l’haleine de nos mots/sculpter notre colère dans le granit des silences », écrivait, il y a cinquante ans, Patrick Moazon, dans son premier recueil de poésie (Celte présence, PJ. Oswald, 1973). La colère du jeune militant breton s’est sans doute assagie mais le granit est toujours là, celui de ce pays pagan sur la côte léonarde, où rochers gigantesques et mégalithes s’imposent au regard.
Patrig Moazon avait déjà abordé ce terroir dans Un désir de brumes (La Part Commune, 2022). Il récidive mais en donnant cette fois toute sa place à ces pierres qui « viennent du temps d’avant la mémoire ». A Ménéham, note-t-il, voici « charnier de granit ossuaire de rocailles ». A Beg ar c’hoaz, les gros rochers sont « l’Everest de gamins ». Penché sur la carte littorale, il inventorie « les noms des récifs ». Et jour après jour, souligne-t-il, « les rochers délivrent un visa à la marée montante ».
Ce monde minéral, gigantesque, venu du fond des siècles, cohabite avec « les cratères de taupinières » mais aussi avec les lieux communs de nos existences si précaires : le Breizh market, le Food truck ou Les Hespérides. Patrig Moazon s’en amuse. Par contre il se désole de certaines « profanations ». « Le Mein Marz demeure debout malgré l’outrage », écrit-il à propos du menhir christianisé de Brignogan.
Les « paganeries », aphorismes souvent teintées d’humour, qu’il distille à la fin de son livre, lui permettent d’enfoncer le clou pour dénoncer l’emprise chrétienne sur une terre païenne (c’est la racine du mot pagan) ou pour brocarder les « crânes bien-pensants » qui avaient entrepris de dénoncer le culte réservé sur la plage de Rozmeur à un phallus de granit familièrement appelé « le zizi de pépé ».
Familier de ce pays pagan devenu sa terre d’adoption (Patrick Moazon est originaire de Rennes), le poète accueille « les giboulées en riboule sur les ribines » ou s’extasie devant « un nuage de mouettes ». Dans ce pays qu’il ausculte avec ferveur, il y a « toujours les mêmes rochers/jamais les mêmes vagues ». Il constate que « les calvaires et les croix des carrefours sont au chômage technique » (face à « la mécanique des ensileuses »). Ce qui fait dire à Patrick Moazon que, ici sans doute plus qu’ailleurs, « le paysage mental commerce avec le paysage réel ».
Pierre TANGUY.
Pagan, Patrig Moazon, La Part Commune, 75 pages, 13,90 euros











