C’est la fin de l’année, bientôt l’été, donc parlons d’école ! Si les onze enfants qui vont actuellement à Noésis ne font pas tous du grec ce n’est pas grave car il n’ont pas à piger le concept théorique bien calibré de Noesis mais à le vivre. En grec, Noésis veut dire : accéder à la vérité de soi par l’intuition, rien que ça !

Une école hors contrat située à Guignen, au sud de Rennes, dans un bel horizon d’arbres et de chevaux en ruée. L’école loue une longère au cœur d’un centre équestre et c’est un second manifeste : celui de la nature, du naturel, du vivant ! La nature veille aux récrés et la maison ressemble davantage à une maison qu’à une école. La maison Noésis est une maison. Avec des enfants dedans, où le calme règne. Les enfants, jouent, parlent, discutent ou à quatre pattes viennent aux renseignements, bref ils apprennent à être des enfants !
C’est aussi, le dire d’emblée, une école en chaussons ou en chaussettes. C’est la préconisation d’entrée, la vie d’ici se fait comme ça, au plus doux et avec des semelles de vent ! Le temps d’apprendre coïnciderait ici avec le temps de vivre : voilà le programme que nous racontent Rozenn et Satya, les membres du staff, qui nous reçoivent cet après-midi de juin.
L’idée est anglaise au départ
L’école démocratique vient de loin. Une année scolaire à Guignen, mais cent ans de Sudbury et de Summerhill dont il nous revient la lecture idéaliste de ses Libres enfants – livre à grand succès des années 70 (500000 exemplaires par Alexander Neil)! L’idée est donc anglaise au départ, comme celle de la démocratie sauf que l’école dont on parle est à Guignen, aussi à Muel, « Graine de sens », à Quimper « le Carré libre », et d’autres germent à Dinan ou Brest.
L’idée est de créer une instruction horizontale, discutable et du sens ! Le sens est au cœur du projet. Le sens des gestes et des jours et celui, incomparable de la temporalité.
Venir à Guignen invite à y revenir. C’est la question du temps, s’il n’en est qu’une, qui ici fait la différence. « Le trésor du temps » dit un des adultes qu’on rencontre. Le temps d’arriver à l’école où ça s’échelonne entre 8 heures et 10h 30, le temps de s’élever, adultes et enfants, dans un rythme propre à chacun et en fonction de sa propre temporalité. Le temps ici détend !
Laissons tomber les idées de progrès, de compétences, voire de programmes bien que l’école hors contrat dépend bel et bien de notre République, donc répond de la Loi et de la nécessité de vérification régulière des acquisitions.
Toutes les personnes sont à égalité
Noesis ne néglige rien des contraintes mais se fait fort, dans son action utopique, cette enclave est réelle, que toutes les personnes soient à égalité, on ne rêve pas, les enfants et les adultes. Et qu’ils apprendront, quand l’envie aura surgi, quand le sens sera apparu.
On ne voit pas d’enfants qui ne lisent pas, ni ne déchiffrent ou ne décodent. On peut même ici recourir quand ça arrive, car ça arrive, à la notion magique de magie. L’enfant a appris, nul ne sait comment exactement, mais il sait. Lire, par exemple.
La liberté ici est au principe de tout. On est libre de demander, de questionner, de remettre en question et la commission d’appel est un pivot du collectif. Les enfants peuvent faire appel comme les adultes d’ailleurs. Une fiche est à disposition, les appels sont à l’étude et pas un, plus farfelus ou complexes, n’est éludé. Rozenn par exemple, membre du staff, questionne : nous venons de passer une semaine chaude et voyons venir une autre, les trois vidages et remplissages dans la semaine des six cents litres d’eau m’ont choquée. Rozenn fait donc appel. Elle va interroger, sans culpabiliser ni dramatiser une quelconque faute. Elle va en appeler à la responsabilité et avec ceux qui ont vidé la piscine en y prenant beaucoup de plaisir, mais elle sent, son plaidoyer se prépare, qu’il faudra non seulement évoquer le qui paye l’eau, les enfants sur leur « compte-membre (maxi 80€) ? le budget de l’école ? ou la planète ? La question pourrait bien partir de la piscine en plastique et ficher le camp bien plus loin, au-delà des océans !
Ici on ne recopie pas
On n’a passé que deux heures à Noésis, entendu les questions de liberté se discuter, la notion de responsabilité venir au centre des interpellations individuelles, celle personnelle ou celle groupale. On a parlé de vie commune, d’envie partagée, beaucoup plus que de compétences, de fautes en rouge, de date à écrire ou de lignes à recopier. Ici on ne recopie pas.
La salle d’art peut déménager, ou la médiathèque. Ça déménage plus qu’à la maison, dit Rozenn, dont la fille vient à Noésis et est impatiente, comme presque tous les enfants à la fin des vacances, de retrouver ses copains. Le programme est de ne pas en avoir. La Ruche, une autre salle de l’école, a pour l’instant vocation à accueillir le bruyant, avec des matelas où sauter, des canapés où raconter et se réunir, mais la ruche, au moment où on y passe est calme. Le babby recouvert d’une couverture et transformé en cabane et personne au synthé. Les enceintes diffusent une musique pour personne, à ce moment où on y passe !
On y croise, à la sortie de la ruche, deux gars décidés à ranger. Ils viennent demander aux adultes s’ils peuvent se mettre à ranger. Déjà ? Oui on veut prendre de l’avance. Sauf que moi, dit l’adulte, encore Rozenn, je suis avec vous et je ne suis pas prête. Les deux disent OK. Satya allait dire oui. Elle l’avait dit. L’opposition est entendable. La discussion possible. Les deux gars repartent, et le compromis leur va. Et Satya de dire que les compromis peuvent varier, ce qui est entendable par l’un peut ne l’être pas par l’autre. Le rangement sera fait plus tard, à l’heure, les deux gars sont déjà en bas de l’escalier !
On serait intéressé par son étude comparée
L’apaisement est ici un mot directement corrélé au mot temps. Le temps pour tout permet d’être apaisé. Rien ne bouscule, ni les devoirs à prendre, ni l’heure du devoir surveillé. Il y aura d’intéressant un de ces quatre à revenir voir ce que le jeune adolescent de seize ans est en train d’interroger à partir de son expérience de Noésis car il va revenir vers le collège qu’il a quitté, et y interviewer le CPE, des profs, on serait intéressé par son étude comparée !! À l’accusation de bulle à laquelle les membres de Noésis sont confrontés, ils ont fini par s’en détacher et sont à peu près sûr que vivre dedans comme ils le font, avec la parole libre et la pensée ouverte prépare au mieux au dehors : pas une bulle, ni une enclave, je retire le mot, un havre !
Avec ses conflits et avec la possibilité au fur et à mesure de les trancher, résoudre ou dépasser !
Bref, on se prépare ici à ce qui va arriver. Aux surprises du vivant, de la vie, à l’inattendu auquel on ne s’attend pas, enfants et adultes. Ce petit phalanstère les y prépare au mieux. À réfléchir, à critiquer, il se pourrait que la société qui mute partout prépare ici au mieux aux mutations.
Tout est possible pour les enfants –sauf la violence sur soi ou autrui. Il resterait, c’est l’exemple qu’on prend, à questionner le petit atelier chimique ou des enfants s’enthousiasmeraient pour la fabrication de la bombe atomique ! D’ailleurs déjà inventée. Or Noésis veut inventer.
Plus d’écran, sauf cinq minutes par jour
L’erreur, le tâtonnement, la République Noésis l’autorise. En un an d’existence, les écrans ont été par exemple un bel exemple de chaos ! Tous les yeux s’y rivaient, il a fallu mettre le holà. Il a été mis. Plus d’écran, sauf cinq minutes par jour, une demi-heure semaine. Voilà le nouveau règlement. Lequel souffre des exceptions pour un jeune de dix-sept ans pour lequel l’internet est indispensable au projet. L’appel à suivre, comme il fallait s’y attendre : s’il a le droit, pourquoi pas nous disent les deux qui ont regardé internet en douce. Sauf qu’à Noésis où tout se discute pourquoi mentir ? Donc ils ont été invités à faire appel. Affaire à suivre.
Le modèle économique n’est pas encore viable
Noésis reçoit jusque 35 enfants. C’est le projet, l’ambition. Les adultes qui y travaillent pour l’instant ne s’y payent pas. Sauf en vacances scolaires, l’été et aux pauses conventionnelles. Ouf a-t-on envie de dire !
Le modèle économique n’est pas encore viable, ne produit pas de salaire donc, et se base sur un élan, une passion, une volonté politique de refaire le monde. En tout cas, celui de Noésis donne envie.
Les enfants sont cools et aussi les adultes. Les parents payent 290 euros par mois durant dix mois. C’est un choix. Et les entreprises avec leur model business sont aux portes pour trouver avec tous de quoi viabiliser. On est loin des certifications que les enfants obtiennent, ou pas, ou perdent, certificats pour sortir dans le Centre équestre ou ne pas manger à la cafét !
La notion de choix ici prime. Donc la notion de soi ! Le pari pédagogique –mot qui n’a pas cours à Noésis est qu’à apprendre de soi, à écouter ses émotions, à penser les sensations, on apprend tout, on s’élève ! Tout sauf un élevage, dixit Satya !
Gilles CERVERA
Renseignements et inscriptions pour la rentrée 2019 – 2020 sur le site de Noésis











