Michel Houellebecq « Soumission » HermineHermineHermine

Lire « Soumission » après les attentats de janvier et la partielle du Doubs a du bon. Le roman de science fiction de Michel Houellebecq prend alors une saveur particulière… Qui jette les anathèmes de Canal+ - et des autres - aux oubliettes du journalisme et montre qu’à confondre liberté d’expression et politiquement correct, on approche de la pensée unique. A-t-on reproché à Philip K Dick d’être nazi à la sortie du « Maître du haut château » en 1962 ?  


Michel Houellebecq « Soumission »

Le pitch du livre tout d’abords : un professeur d’Université de la Sorbonne s’interroge après l’arrivée au pouvoir du parti islamiste. Doit-il se démettre ou se soumettre ? Tout se passe en 2023 alors que La Fraternité Musulmane et le Front National se retrouvent au second tour des élections présidentielles. Et ce qui dérange le plus ce n’est pas tant l’arrivée au pouvoir d’un parti communautaire que l’étrange manège du PS et de l’UMP pour l’aider dans cette quête. Au nom du pacte républicain bien-sûr, et avec le soutien aveugle des médias qui pratiquent la communication bien mieux que l’information. Pour le du peuple et de la République – aussi – cela va de soit. Oui, l’œuvre de fiction met en scène un empire européen à bout de souffle et des hommes politiques prêts à tout pour conserver un ersatz de pouvoir, épaulés en cela par des organes de propagande encore appelé Médias. Et c’est peut-être cette vérité violente et crue qui dérange, figeant un état de fait bien en place : serait-on déjà soumis ? Un exemple ? Tripatouiller des régions sur un coin de table sans demander l’avis aux peuples concernés parait troublant.

Quoi qu’il en soit, cette histoire est une nouvelle fois superbement écrite et mis en scène, avec toute la noirceur quotidienne d’un Michel Houellebecq au sommet de son art. Chaque phrase semble facile et glisse comme une antienne bien huilée. Chaque action est emmenée par des hommes ordinaires (ou presque, on est à la Sorbonne quand même !) se complaisant dans leurs faiblesses et leurs douleurs que l’auteur peint évidement sous un quotidien triste et torturé. Les histoires d’amour finissent mal en général, non ?

Enfin, il ne faut pas confondre l’œuvre d’un romancier avec les écrits d’un polémiste. Ici l’interdiction des femmes à travailler participe à la construction de l’histoire et n’illustre en rien un « Suicide français ». Houellebecq est beaucoup plus proche de Céline (même coiffeur, même tailleur !) que d’Eric Zemmour.  Quand à savoir s’il le héros de cette histoire peut disposer de 3 ou 4 femmes, la blague est tellement drôle, qu’attaquer la polémique de ce livre sous cet angle laisse songeur… 


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