Mieux vaut prendre « 30 ans ferme » avec Matmatah que perdre 3 semaines à dormir sur le journal d’un prisonnier, fusse-t-il Nicolas Sarkozy. L’authenticité et la sincérité transpirent du côté de Brest.
Ces trente années défilent si vite sous la plume de Gwenaëlle Fleur, journaliste au Télégramme. Elle-même originaire de Brest, elle nous entraîne des premières scènes locales dans des bars enfumés du haut de la rue Jean-Jaurès, jusqu’à l’Arena de Bercy pour un concert anniversaire devant 15 000 inconditionnels. La famille enfin réunie pourrait-on dire.
« 30 ans ferme » permet de vivre de l’intérieur les joies (et les quelques déchirures) du groupe, des Tricards Twins (premier duo de Sammy et Stan) au dernier succès « Brest même » en passant par les éternels « Lambé an dro », « L’Apologie », « Au Conditionnel », etc. Autant de titres devenus des classiques du rock français. Car au-delà des racines celtiques évidentes qui les ont propulsés au firmament, Matmatah est aujourd’hui encore un groupe phare du rock hexagonal, Un groupe que l’on suit pas à pas au fil des tournées, des albums et des anecdotes bien renseignées. Comme cet after aux Vieilles Charrues de 2001 qui s’éternise au-delà de la fermeture légale du bar. Trois heures du matin quand même. Qu’importe, le maire de Carhaix décrète haut et fort par arrêt municipal à effet immédiat que l’établissement restera ouvert jusqu’au bout de la nuit ! Le début d’une autonomie ? Ainsi va la vie de Matmatah, entre fête et musique. Et toujours la Bretagne au cœur avec pour point de départ ce désormais célèbre quartier de Lambezellec où Stan dispose d’un appartement, haut lieu festif de toute une bande d’amis. Ecoutez bien les paroles de « Lambé an dro » et vous comprendrez !
Car c’est bien cette origine de fin de terre jamais oubliée et parfois revendiquée (on pense au concert de défense de la langue bretonne à Carhaix en 2025 où Tristan Nihouarn reprendra deux chansons en breton). Des origines qui froissent les journalistes parisiens. « La presse parisienne est snob et boude facilement ce qui est régional. Par définition, ce qui vient de l’extérieur de Paris est ringard. » souligne le bordelais Eric Jean-Jean, animateur sur RTL. Il fut un des rares à défendre les brestois avec Francis Zégut qui ajoute « Ce n’est pas du snobisme, c’est un peu d’entre soi. » Ou carrément un manque de curiosité.
Au final, Matmatah avait tout pour passer à côté de la gloire. Si ce n’est l’audace des intrépides et toute une ville puis une région entière (jusqu’à Nantes !) derrière eux. Impossible dès lors de les ignorer. Trente ans plus tard, aucune soirée digne de ce nom n’est réussie sans pousser « Les Moutons » sur la platine. C’est ce que montre fidèlement le livre qui invite assurément à les suivre au moins jusqu’au 40 ans du groupe. Et au-delà !
Hervé DEVALLAN
« Matmatah 30 ans ferme » de Gwenaëlle Fleur aux éditions Le Mot et le Reste – 312 pages – 24€











