Après la cuisine moléculaire saturée d’additifs, voici la Raw Food : végétale, seine et sans cuisson. Chef de cette nouvelle tendance, Marie-Sophie L. nous explique pourquoi l’alimentation crue a changé sa vie, et comment elle crée des recettes qui mettent en équation le plaisir de manger avec notre santé.

Jérôme Enez-Vriad : Vous envisagez la nourriture et sa consommation comme un acte politique à part entière…
MSL : Choisir un produit, c’est voter pour sa chaîne de production. Nous encourageons les dérives de l’industrie agro-alimentaire en continuant à consommer des cochonneries par facilité, par habitude ou ignorance. Le système explose de tous côtés et l’alerte est donnée depuis longtemps. Pour preuve. Chacun de nous connait quelqu’un qui subit un cancer, un diabète, une obésité́, une dépression, Alzheimer ou autres maladies dégénératives. Sans compter les animaux et la terre effroyablement maltraités. Ma cuisine est un salut respectueux aux animaux, aux plantes, mais aussi aux minéraux, alors que nous pillons les trois pour vivre… et mal vivre.

Pourquoi vos recettes n’engagent -elles aucune viande ni poisson ?
MSL : Mes plats sont exclusivement végétaliens. C’est exact. Je consomme toutefois du poisson, exceptionnellement de la viande, mais ne suis pas inspirée pour créer de nouvelles recettes à partir d’ingrédients issus du règne animal.

Vous substituez les lardons au bénéfice du bacon d’aubergine mariné dans un thé fumé, vous faites de la mozzarella avec du lait de coco… Peut-on tout remplacer en se rapprochant au mieux de la texture et du goût initial ?
MSL : J’adore revisiter les recettes traditionnelles afin de les exprimer en version crue. C’est une nouvelle grammaire dont je travaille les règles et la syntaxe. Il est d’ailleurs possible que je sois un peu déconnectée de la réalité. Pour rester attentive au chuchotement de l’herbe qui pousse, je me tiens le plus loin possible du fracas des arbres qui tombent – (rires). Mon propos est de dire aux gens que, s’ils souhaitent mettre davantage de “cru” dans leur assiette,  davantage de légumes, de fruits, de graines, d’aliments vivants, bruts, purs et bio, je suis là pour leur expliquer comment faire.

Vous vivez sur une péniche où sont installées toutes vos plantations, y compris sur les écoutilles…
MSL : Oui. J’ai planté des mertensia sur les écoutilles. Une plante dont les feuilles ont le goût de Fine de Claire.  Peu de gens connaissent la particularité de ce végétal qui rappelle l’iode marin, et que l’on peut conserver dans du vinaigre comme les salicornes. Je mâche ses feuilles en rêvant aux huîtres. Il semble alors que le vent me souffle une brise marine… et que la Seine se soulève en océan – (Rires).

Vos recettes font penser à la cuisine postbiblique inspirée de l’ancien testament.
MSL : Effectivement. Les Esséniens, la tribu de Jésus, ne cuisaient pas ou peu. Leur pain était fait de graines germées déshydratées au soleil. J’apprends d’ailleurs à réaliser des pains crus dans mes programmes en ligne. C’est délicieux, riche en goût et en micronutriments.

Cette cuisine est-elle plus longue à préparer que celle d’une alimentation traditionnelle ?
MSL : C’est le tout contraire. Raison pour laquelle mes vidéos sont filmées en temps réel,  pour montrer à quel point il est facile et rapide de cuisiner cru.

L’une des contrainte est avant tout le prix des matières premières. Pour autant, la puissance du goût et des saveurs imposent une réduction des portions. On mange presque deux fois moins car l’organisme sature plus vite.
MSL : Vous avez tout dit ! Peut-être est-il judicieux de manger moins et mieux ; sachant, par exemple, qu’une assiette de légumes bio coûtent parfois plus cher qu’une viande de qualité aléatoire. Choisir de bons ingrédients afin de préparer un excellent carburant pour le précieux véhicule qu’est notre corps, permet d’investir sur sa santé. L’alimentation est à ce propos l’un des principaux leviers sur lequel agir.

Manger cru c’est aussi manger froid là où l’automne et l’hiver l’organisme a un besoin vital de se réchauffer…
MSL : C’est une question que je me suis posée le premier hiver, avant de ne plus y penser très vite. Je mange généralement à température ambiante, je mets mes plats dans le déshydrateur pour les amener à 45°C. Je prépare aussi des soupes crues et chaudes. Elles conservent un maximum de vitamines, d’antioxydants et de micronutriments précieux.

Êtes-vous optimiste sur l’avenir de l’alimentation saine ?
MSL : Oui. Très optimiste. Les consommateurs sont de plus en plus informés et conscients de l’importance de la nourriture. Il semble que l’industrie agro-alimentaire réagisse pour proposer des produits qui correspondent aux nouvelles attentes. À nous d’être toujours plus vigilants et exigeants.

Manger cru est-il envisageable à tout âge sans contrainte de santé ?
MSL : C’est bien sûr envisageable à tout âge, mais personne ne sait mieux que son corps ce qui est bon pour lui. Écoutons-le et respectons ses besoins. Il nous le rend au centuple.

Vous suggérez que chacun fasse ses propres cultures, mais 99% des citadins habitent dans des espaces confinés où cela est impossible.
MSL : La solution est de faire germer des graines dans un coin de cuisine. Quelques pots près de l’évier suffisent. Il est aussi envisageable de réenchanter les balcons et les toits des villes avec des plantations alimentaires comme cela se fait déjà en Angleterre ou à Brooklyn (New York).

Vous vantez la sensualité d’une telle cuisine…
MSL : “La cuisine est un métier de gestes” m’a un jour rappelé Yannick Alléno (chef français – 3 étoiles au Michelin), gestes qui, en ce qui me concerne, s’inscrivent dans la philosophie du bien vivre. Ce n’est pas ce qui sort de ma bouche qui raconte le mieux mes recettes, mais ce qui rentre dans la vôtre quand vous les rencontrez. J’ai la chance d’entendre beaucoup de beaux compliments au restaurant L’Alcazar où mes plats sont servis en complément de la carte habituelle.

L’engouement pour la Raw Food relève-t-il du snobisme ou d’un réel mouvement qui va perdurer ?
MSL : Je n’en sais rien. Certains mouvements réellement vertueux relèvent parfois de snobisme. Et alors !  Du moment qu’ils sont suivis. Je peux en revanche vous assurer que l’engouement pour mes recettes dépasse mes attentes. J’espère qu’il perdurera.

La recette de la « Bonne Foie » ne figure pas dans vos livres. On reste un peu frustré car il s’agit du seul foie gras végétal dont le goût et la texture sont quasi identiques au produit animal.
MSL : Vous l’avez donc goutée ! Je vous remercie du compliment. Me permettez-vous de dire que La Bonne Foie est en vente dans les magasins bio et qu’elle est aussi livrable par Chronofresh.

Si vous aviez le dernier mot, Marie-Sophie L. ?
MSL : Merci.

Propos recueillis par Jérôme ENEZ-VRIAD
L’alimentation crue – Une réponse aux dérives alimentaires et L’instant cru – Recettes incroyables et crues. Deux livres de Marie-Sophie L. parus aux éditions Albin Michel. 12,90€ et 25€
Site web : linstantcru.com

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