Jean-Luc Le Cléac’h aime l’hiver et le dit à rebours de toutes les modes et de tous les discours convenus. Il aime l’hiver, temps du retrait et de la lenteur, « saison de l’approfondissement », écrit-il, qu’il traverse avec jubilation dans la lecture et la chaleur de l’âtre. Sans oublier la théière dans le cercle de lumière d’une lampe.

Il n’est pas surprenant que Jean-Luc Le Cléac’h aime l’hiver. Il nous a appris dans des précédents livres édités à La Part Commune l’intérêt qu’il portait aux joies élémentaires, loin de paillettes et des artifices, loin des impératifs de la consommation, « de l’immédiateté et du flux tendu » comme il le dit lui-même. Il aime la marche et la halte (Poétique de la marche, 2017). Il aime la course lente et musicale des ruisseaux et des rivières (L’élégance des eaux vives, 2016). Il est capable de voyager dans sa tête en se penchant sur des cartes de l’IGN (Parcourir l’atlas, 2013). Il aime sortir des sentiers battus quand il voyage, jetant son dévolu sur l’Europe centrale ou septentrionale (Fragments d’Europe, 2019).

Voici qu’il nous entraîne dans sa passion de l’hiver, une saison, qui, pour lui, « commence fin octobre et s’achève en avril ». L’hiver dont il nous parle est celui qu’il traverse sur le littoral bigouden quand « le vent entêté s’acharne sur la maison », quand la pluie insistante vient « s’épuiser sur les vitres ». La neige, par contre, est bien un « fantasme breton », raconte-t-il dans un des chapitres du livre. Alors, il va chercher cette neige ailleurs, par exemple par moins de 15 degrés en Lituanie, où on le voit marcher sur un lac glacé pour aller en ligne droite vers un château à visiter. Voyager l’hiver ? Pourquoi pas, nous dit l’auteur. On évite embouteillages et queues à l’entrée des musées. L’air est plus respirable.

Mais là où Jean Luc Le Cléac’h nous fait le plus saliver, c’est quand il nous raconte sa façon d’envisager (d’apprivoiser) l’hiver au creux de son logis. « Délesté de l’accessoire », il lui suffit pour cela de quatre principaux ingrédients : un feu de bois, un livre, une théière et une lampe pour délimiter un espace. « Un espace limité qui contient le monde, c’est peut-être la meilleure définition d’une soirée d’hiver ». Ce monde est peuplé d’écrivains qu’il aime et qu’il cite dans son livre à plusieurs reprises : Lucrèce, Bachelard, Blanchot, Bonnefoy, Ponge, Corbin… Dans cet « espace-temps » qu’est l’hiver, il faut aussi savoir laisser libre cours à « la puissance de la rêverie »  et rendre « hommage aux forces de l’imaginaire ». En clair, nous dit-il, en hiver « nous nous appartenons ». Ce n’est pas rien. Nous avons la possibilité de repousser « les limites de l’obscurité ». Obscurité des mois noirs de Bretagne (Miz du) mais aussi obscurité de notre époque qui aime si peu cette capacité d’intériorité à laquelle nous convie l’auteur. Cet hymne à l’hiver, « saison de l’esprit », peut prendre alors les allures – quand le thé infuse près d’un foyer – d’un « minuscule acte de de rébellion » ou d’un « geste subversif ».

Pierre TANGUY

L’hiver, saison de l’esprit de Jean-Luc Le Cléac’h  aux éditions La Part Commune, 111 pages, 13 euros.

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