Pascal Praud présente L’heure des Pros du lundi au vendredi sur cnews. Rendez-vous matinal en concurrence avec L’heure de Bachelot sur LCI, et Les Grandes Gueules sur RMC, son talk-show est l’un des plus percutants du PAF, au point de porter des émotions qui amènent à lui écrire cette lettre ouverte.
Cher Monsieur,
Votre programme quotidien sur cnews s’intitule L’heure des Pros. C’est un excellent choix en miroir de votre nom. Le jeu de mot est habile, ingénieux, il fait preuve d’humour et tend à vous rendre sympathique, ce qui me semble être la vérité. Nombreux sont les téléspectateurs qui verront dans ce titre l’assurance d’un décryptage objectif d’une actualité d’ordinaire anamorphosée par les médias.
Erreur. Non que vos chroniqueurs ne soient bien choisis, ils le sont, d’obédience politique et religieuse différentes, leur panel couvre une variété d’opinions vives et toujours passionnantes, les sujets abordés sont également multiples, l’approche souvent perspicace, au reste, votre plateau est l’un des rares du paf où l’on peut évoquer Montaigne et Trump sans avoir le sentiment d’un grand-écart grotesque. Bravo. Mais (il y a toujours un « mais ») l’objectivité d’un décryptage tient aussi à la pluralité de ses analystes. Ainsi, je vous écoute régulièrement avec le plaisir que l’on met à entendre les débats animés par la vie. Dès lors, j’apprécie votre talent de meneur d’équipe. Cependant, les coups d’éclats de vos débatteurs m’enchantent sans pour autant m’aveugler. Car l’opinion se fait d’après l’opinion, il en faut une première, et celle de vos invités récurrents est biaisée par le fait qu’ils soient pour l’essentiel nantis. Journalistes. Écrivains. Décideurs. Artistes divers. Intellectuels fort brillants mais hélas ! peu représentatifs du quidam. Les privilégiés n’ont jamais l’oreille et la parole nécessaires aux combats des déshérités.
Je me loue que votre émission soit construite sur l’idée d’une conversation accessible aux plus modestes. Celui qui sait vaut en effet autant de fois qu’il accentue sa connaissance. Et pourtant… Que peut entendre un ancien haut-magistrat, un célèbre journaliste ou une avocate inscrite au Barreau, oui, que peuvent-ils entendre et projeter de la problématique sociale des téléspectateurs dont je fais partie ? Malgré leur bonne foi doublée d’une indéniable sincérité, vos orateurs imaginent peu le véritable quotidien des Français par manque d’y avoir jamais été confrontés, ou alors il y a bien longtemps. Au mieux se souviendront-ils d’une jeunesse estudiantine, un diablotin tiré par la queue nonobstant la chance d’études supérieures pour avenir, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. Seulement 11% des fils d’ouvriers entrent à l’université. Ce chiffre, je l’ai entendu sur votre plateau, il est le déclencheur de ma lettre dont je souhaite qu’elle vous parvienne sans filtre.
L’Heure des Pros, cher Pascal (permettez cette familiarité, nous sommes de la même génération et avons la Bretagne en commun), L’Heure des Pros ressemble à ces émissions dans lesquelles nombre de patriciens du quatrième pouvoir évoquent la plèbe sans jamais l’inviter à débattre avec eux. Écrivant cela, j’applaudis toutefois votre professionnalisme, vous êtes effectivement l’un des seuls animateurs à instruire sur la diversité des mondes (politique, social, culture…) qui font le nôtre. Oui. J’aime vous écouter. C’est en homme désireux d’apprendre que je le fais, malgré la frustration de ne pas avoir la riposte d’un point de vue populaire : celui du peuple, le vrai, qui se demande le 15 du mois si son banquier va accepter un nouveau découvert. Ces gens-là savent aussi s’exprimer. Leur vocabulaire est peut-être simple, ils en sont d’autant plus méritoires.
Votre émission est sans doute (c’est-à-dire certainement) le meilleur talk-show actuel de la télévision française. Elle élève l’esprit autant qu’elle majore la connaissance. Raison pour laquelle j’ai pris de mon temps pour vous expliquer la réserve qu’elle me suggère. Si vous m’avez lu, j’espère n’avoir pas abusé du votre.
Degemerit, Aotrou Pascal, ma gwellañ gourc’hemennoù… Comme l’on dit chez moi, là-bas du côté de l’Armor, loin de Paris et des belles voitures.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© 2018 – Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle
L’heure des Pros
Une émission produite et animée par Pascal Praud
Du lundi au vendredi à 9h00 sur cnews











