On les décline en lampes de chevet, en décors de vaisselle, porte-clefs, cartes postales, calendriers… A la fois messagers d’une identité réelle et d’un imaginaire romanesque, les phares sont aux côtes bretonnes ce que les étoiles sont au ciel : des diamants au milieu de nulle-part.

L’alphabet morse disparaît petit à petit des usages maritimes, et la surveillance des phares se fait désormais à distance. Souvenons-nous cependant qu’il existe trois types de phares maritimes. Ceux construits sur le continent, ils sont surnommés « le paradis » par leur gardien. Ceux des îles, baptisés « le purgatoire ». Et les autres, sur leur rocher inaccessible en pleine mer, communément dénommé « l’Enfer ». Manière de rappeler que les phares sont des médiateurs entre la vie et la mort. Entre la Terre et mer. Entre la Bretagne et le Monde.

Édifices imposants surmontés d’une source lumineuse puissante, les phares ont longtemps été entretenus par des gardiens aujourd’hui rebaptisés « techniciens supérieurs du développement durable » (sic). Plus question de gardiennage mais d’entretien. Après la disparition des lanternes à pétrole (fin des années 40), puis l’automatisation des signaux et l’arrivée des balises de détresse (milieu des années 70), enfin du GPS (courant 2000), le travail des gardiens relève dorénavant de maintenance et d’entretien.

Symbolique territoriale et inspiration littéraire

Ces phallus de la mer qui ont pendant des siècles contribué à la sécurité de tous sont-ils encore utiles ? Oui. Car n’importe quel marin confirmera l’aide visuelle comme indispensable à la navigation. En outre, les phares sont l’expression d’enjeux identitaires. Ils participent à la création d’un lien entre l’homme et la mer. Leur symbolique est avant tout territoriale en référence à l’étendue maritime qu’ils dominent. Dressés aux pointes stratégiques, ils semblent jaillir du creux des vagues, comme bâtis par une main gigantesque en lutte contre la houle. Alphonse Daudet, Anatole Le Braz, Jules Verne et tant d’autres s’en sont inspirés. Au reste, les phares et maisons-phares de France sont (re)connus pour leur remarquable diversité architecturale et paysagère.

Un véritable patrimoine culturel

Depuis l’automatisation des feux et la disparition des gardiens in-situ, nombres d’associations prennent la relève et s’engageant dans leur préservation et valorisation. Les phares deviennent des lieux de visite, de recherches scientifiques et même de villégiature – 3 sont actuellement offerts à la location. Les 220 phares et maisons-phares des côtes françaises sont un véritable patrimoine dont l’avenir dépend de ces nouveaux usages. 150 d’entre eux se trouvent en Bretagne. Les forts courants péninsulaires et l’amplitude unique des marées en font l’une des régions les plus balisées au monde. 

Il y a quelques mois, neuf nouveaux phares bretons ont été classés aux Monuments Historiques. Les nouveaux venus viennent rejoindre les 13 déjà inscrits. Il s’agit de ceux de Triagoz, de Roches-Douvres, de l’Île-de-Batz, du Four, de Pierres-Noires, d’Ar-Men, de La Jument, de Nividic et de Kéréon. Autant de visites estivales potentielles.

Jérôme Enez-Vriad
Juillet 2108

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