« Les enfants du vide » de Raphaël Glucksmann HermineHermineHermine

"Les enfants du vide" commence comme une grande rédemption et finit comme une belle illusion Oui, Raphaël Glucksmann bat sa coulpe et avoue que lui, sa génération et son milieu bobo parisien se sont fourvoyés pendant des années en s’aveuglant d’International socialiste issu de la seconde guerre mondiale. Des intellectuels de gauche qui ont fini par soutenir mai 68. Aujourd’hui la lumière divine écologique guide son raisonnement et avec elle sa vision du monde.

Si l’auteur souligne les contradictions qui nous entourent – et on les partage -, il ne va pas jusqu’au bout de son raisonnement. La République française et le citoyen Glucksmann sont encore prisonniers d’une propagande bien rodée depuis Michelet.

Je m’explique.

Le réchauffement climatique et ses désordres sont une évidence ; la politique menée par l’ensemble (ou presque) des pays est schizophrène, malhonnête et dangereuse. Pour rester sur le prisme franco français, quand Emmanuel Macron s’exprime devant l’Onu et pour marquer les livres d’histoire de ses belles promesses en affirmant que l’on court à la catastrophe, une fois revenu aux manettes élyséennes, il défend les lobbies pétrochimiques, les accords commerciaux multilatéraux (Ceta, Tafta et autres Jefta) et leurs hordes de conséquences polluantes : navires cargos consommant autant que plusieurs millions de voitures, fioul des avions non taxé, fermes gigantesques de plusieurs milliers d’animaux, etc. Oui, on est aussi convaincu que c’est une folie. Et avec nous, les hommes et les femmes partout dans le monde commencent à rejeter ce système. Les « gilets jaunes » ne manifestent pas – seulement – contre la hausse des taxes sur l’essence, mais contre l’absence de (bon) sens d’une politique qui se double d’une injustice flagrante : fracture sociale, géographique, numérique, culturelle…

Un certain culte de l’Etre Suprême

En revanche, si le constat de Raphaël Glucksmann est frappé au coin du bons sens, sa réponse est toujours entachée d’un certain culte de l’Etre Suprême. Il ne voit de solution qu’à l’échelle de la France, toujours une et indivisible. Un état qui ne s’est construit que sur la volonté de plusieurs pays (Bretagne, Provence, Corse, Alsace…) souhaitant partager des valeurs universelles et entrer enfin dans le siècle des lumières tant vanté par  Voltaire et ses « frères ». Ce temps est révolu. Et le besoin vital d’écologie ramène ces régions vers une nouvelle réalité : l’économie locale. C’est elle qui réduit le transport et donc la pollution. Et si on y ajoute ferroutage et cabotage (et les éoliennes marines pour la Bretagne), on tient là le début d’une vraie solution, non ?

Une croissance infinie dans une planète finie

En revanche, cette vision du monde dérange nos chers banquiers mondialistes, les lobbies du transport et de tous ces grands groupes côtés en bourse qui ne jurent que par une croissance infinie dans une planète finie. Paradigme fou et dividendes suicidaires.

La solution de Raphaël Glucksman est celle de 1789. Une révolution parisienne où les jacobins l’ont emporté avec le résultat que nous connaissons aujourd’hui. Il faut désormais une révolution girondine avec une autonomie réelle des régions (à l’image des cantons suisses) et de ses citoyens. Un espace à taille humaine où le peuple a le droit de cité. Démocratie participative comme on dit… Et pendant ce temps, Emmanuel Macron méprise les élus locaux et diminue l’autonomie fiscale et donc financière des territoire qu’il gouverne. On marche sur la tête. François Hollande a créé le Grand Est, le Grand Sud, le Grand Nord… (vu de Paris évidemment !), Emmanuel Macron montre bien qu’il est digne de son maître. Après avoir été son conseiller et son ministre, rien de plus normal. Pendant ce temps Raphaël Glucksmann monte un parti politique. Bizarre à l’heure où les citoyens s’en détachent. Mauvais timing assurément.

Hervé DEVALLAN
« Les enfants du vide » de Raphaël Glucksmann aux éditions Allary, 209 pages, 18.90€

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